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-Happy Birthday Adelphe !
Le concerné releva la tête surpris dans son travail. Quittant précipitamment la page internet sur laquelle il se trouvait, il ferma son ordinateur portable et laissa une place à Jess' sur le canapé. Celle accepta bien volontiers de s'asseoir et claqua une bise sur la joue du modèle en s'installant.
-Merci beaucoup.
-De rien c'est normal. Je suppose qu'on vous l'a déjà souhaité plusieurs fois.
-Oui, une fois la minute de silence faite, tout le monde s'est précipité pour me le dire.
-Ça ne m'étonne pas, répondit-elle avec un sourire.
-Ähm... Tom était absent aujourd'hui non ?
-Comme tous les 11 septembre.
-Ah ? Pourquoi cela ? demanda-t-il, surpris
-Sûrement pour se rendre sur la tombe de son frère. Il est mort à cette date.
-Oh... Décidément... murmura le brun, songeur
-Quoi ?
-Non je me disais que le 11 septembre n'était pas une date très joyeuse. On pourrait se dire que c'est une date maudite.
-Pourquoi ? A part en 2001, il n'y rien eu.
-Mais vous disiez que...
-Bill a disparu lors des attentats. A New York.
Adelphe sursauta.
-Vraiment ?
-Oui.
-Gott, j'ai fait une monstrueuse boulette...
Il repensa à la dernière conversation qu'il avait eue avec le blond la veille et même lors de leur sortie en boîte.
-Et pas qu'une même... gémit-il en se prenant la tête dans les mains, Quel idiot je fais...
Jessica n'insista pas sur le pourquoi du comment, et n'en n'eut de toute façon pas le temps car Tom entra dans l'appartement, trempé jusqu'aux os, couvert de terre et d'herbes.
-Tom ?! s'exclama la maquilleuse surprise de le voir rentrer si tôt
Mais celui ci ne lui répondit pas, il se posta d'un air déterminé devant Adelphe qui le regarda, un peu inquiet.
-C'est d'accord Newbirth, je viens à New York avec vous. Et pas de question.
Les deux autres sursautèrent devant cette phrase totalement inattendue de la part du photographe. Cela étant dit, il se dirigea vers la salle de bain, laissant le brun et la blonde complètement bouche bée.
Alors ça, ce n'était pas une surprise, c'était un boulet de canon !
[...]
-Vous repartez dans une semaine ? Mais pour l'élève...
-J'ai déjà choisi et il est d'accord.
-Oh...
Le professeur soupira, déçu.
-J'aurai tellement aimé que Tom parte. Moi qui avais enfin réussi à convaincre le reste du corps enseignant...
-Mais, c'est justement Tom que j'ai choisi.
Herr Betheim sursauta, arrêtant de ranger ses affaires de cours théorique.
-Il a accepté ?
-Oui, de lui même, j'étais assez surpris.
Le petit homme n'eut pas le temps de manifester sa joie qu'on frappa. Suite à tonitruant "Entrez" manifestant la soudaine bonne humeur, une petite dame aux longs cheveux blonds vénitiens entra timidement dans la pièce avec un sourire faussement heureux : ses yeux sombres criaient sa tristesse profonde.
-Madame Kaulitz-Trümper ?
-Oui, bonjour Herr Betheim, mon fils m'a appelée. Apparemment il faut que je vous vois pour le voyage à New York...
Elle se tut, fixant Adelphe d'un oeil étrange.
-Oui oui bien sûr, je suis très heureux de voir que votre fils a enfin changé d'avis. Il accompagnera Monsieur Newbirth ici présent.
La mère de Tom ne l'avait pas lâché du regard, comme si quelque chose sur son visage n'allait pas. Souhaitant cesser cette observation gênante, il prit la parole :
-Je suis un ami de votre fils madame, c'est un plaisir de vous rencontrer.
-Alors c'est vous... Je comprends mieux pourquoi Tom vous laisse l'approcher...
Elle serra la main du brun, et passa doucement son autre main sur sa joue.
-Vous lui ressemblez tellement que s'en est déroutant.
-Qui ?
-Mon fils.
-Tom ? Je ne trouve pas vraiment, le blond ne m'irait pas.
-Non, mon cadet, Bill.
Adelphe se tut, et frissonna, affreusement gêné : lui avait injustement survécu alors que le frère de Tom non. Cela lui explosait au visage, maintenant qu'il avait cette mère triste en face de lui.
-Je suis... vraiment désolé... déclara-t-il en baissant la tête
-Ce n'est pas votre faute, le monde est fait ainsi.
-J'y étais moi aussi ce jour là. Il n'est pas juste que j'en sois sorti alors qu'il...
-Le monde est injuste. Je ne devrais pas avoir à enterrer mon enfant, mais c'est arrivé et je n'y peux rien. Aujourd'hui j'aimerai juste que mon fils restant fasse son deuil et arrête de vivre par procuration. Ce voyage va peut être lui permettre cela. Si on avait retrouvé une trace de son jumeau, peut être que tout aurait été plus simple. Sans ça il aura toujours l'espoir qu'il est en vie. Je le comprends : prier devant une tombe vide est tout ce qu'il y a de plus horrible. Surtout quand il s'agit de sa propre moitié.
Adelphe hocha la tête, les yeux mouillés. Voyant ses larmes, l'instinct maternel de Simone prit le dessus, et elle l'entoura de ses chaleureux bras de mère en manque de ses enfants.
L'étreinte fut longue et tendrement agréable aux yeux d'Adelphe qui n'avait pas connu sa propre mère, ou plutôt, il ne s'en souvenait pas. Elle fut tout aussi appréciable pour Simone qui retrouvait quelques instants l'impression de consoler Bill.
-Maman ?
La voix de Tom les fit tous sursauter, n'ayant pas vu le blond entrer. Madame Kaulitz-Trümper quitta presque à regret les bras du jeune mannequin pour se précipiter sur son dernier fils.
-Maman... grogna celui-ci
-Oh mon Tomi, tes cheveux ont encore poussé, tu es tout mignon ! Tu pourrais te refaire des dreads avec cette longueur.
-Sûrement pas! cracha-t-il en repoussant sa mère
Adelphe regarda la scène tristement. Tom ne se rendait vraiment pas compte de la chance qu'il avait. Que ne donnerait-il pas lui-même pour retrouver ça... une mère, une identité, une vraie famille... En somme, une vraie vie.
La vie d'Adelphe était basée sur le mensonge. Après un long coma, il s'était réveillé dans une chambre d'hôpital, un homme à ses côtés se disant être son père. Il n'aurait pu démentir ce fait à l'époque, son esprit était vide, tel un nouveau né à la naissance. Il avait du tout réapprendre dans une famille qui ne l'aimait pas vraiment, ses "frères et s½urs" le traitant comme un inconnu : ce qu'il était. Puis à ses quinze ans, son "père" l'avait engagé dans son agence de mannequins. C'est à ce moment là qu'il avait du maîtriser le français et l'allemand. Etrangement, l'allemand lui avait paru d'une simplicité enfantine, levant des doutes sur son identité. Son "père" lui avait alors tout révélé.
Et c'est là qu'avait commencé sa quête pour retrouver son identité... Mais qui pour l'instant n'aboutissait à... rien. Puis se souvenant avec quelle facilité il avait appris l'allemand, il s'était penché sur la possibilité d'être de cette origine, et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé à Berlin pour ses recherches. Mais toujours le néant. A croire qu'il n'avait jamais existé.
-Adelphe ?
L'interpellé sortit de ses pensées, surprenant sur lui le regard bienveillant, bien qu'un peu inquiet de la mère de Tom qui lui, le regardait avec un air soupçonneux, se demandant sûrement pourquoi sa mère était si familière avec lui.
-Oh pardon, j'étais un peu perdu dans mes pensées.
-Oui nous avons vu ça ! s'exclama le professeur Betheim en riant légèrement
Un court silence plana, silence pendant lequel Adelphe fixait Tom, se demandant ce qui avait bien pu le faire changer si vite d'avis... Lui qui semblait si déterminé à ne jamais poser un orteil sur le sol américain, voilà qu'il acceptait brusquement d'y aller... La volonté de faire son deuil ? Oui mais pourquoi maintenant ?
Tout s'embrouillait dans l'esprit déjà bien occupé du jeune mannequin qui se décida à lever le mystère rapidement :
-Pourquoi avoir changé d'avis si rapidement Monsieur Tom ? Vous qui sembliez ne jamais vouloir voir les USA, et encore moins New York, j'avoue être étonné.
-Ca me regarde, répondit froidement Tom, en lançant un regard polaire à Adelphe, faisant soupirer sa mère et plonger la pièce dans une ambiance très lourde.
-Well... Comme bon vous semble.
-Parfait.
-Perfect.
-Arrêtez de parler en anglais, c'est insupportable, je déteste cette langue.
-Pourtant il va falloir vous y habituer, aux USA on ne parle que cela. Les gens ne feront aucun effort pour vous comprendre, surtout en allemand.
Tom soupira d'agacement devant ce fait. Pas qu'il soit nul en anglais, au contraire, mais il n'aimait parler cette langue si pompeuse à ses yeux. La réaction du blond fit ouvertement ricaner Newbirth et sourit sa mère. Décidément, il avait l'impression que tous était contre lui.... En même temps il n'avait jamais vraiment mis du sien pour avoir des alliés pour le soutenir...
-J'aurai du temps libre j'espère...
-Bien sûr, nous travaillerons ensemble dans l'agence qui m'engage, vous travaillerez sur les mêmes défilés que moi, mais tout le reste du tout temps vous appartient. Je pourrais vous faire découvrir la ville.
-Je m'en passerai largement. J'ai autre chose à faire.
-Certes... grimaça le brun en hochant amèrement la tête. Lui qui espérait un petit peu plus de coopération de la part de Tom, c'était complètement raté.
-C'est bon, on a assez discuté ? Je peux partir ? grogna l'apprenti photographe
Le professeur Betheim hocha silencieusement la tête, déçu par les réactions et l'attitude toujours aussi antipathique de son élève. Ce dernier, ravi de la réponse de son enseignant, fit une rapide bise à sa mère et sortit en claquant la porte.
-Il est invivable... soupira Simone
-On s'y habitue, répondit Adelphe du tac au tac, plus pour lui-même que pour Simone
-Je suppose... déclara-t-elle pour conclure en fermant les yeux d'exaspération.
Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour que Bill soit encore là pour tempérer son frère....
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