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Pov Tom


Chris est torché.

C'était à prévoir.

Jess' n'est pas loin d'être dans le même état. Impossible de les tenir ces deux là...
Newbirth est là. Il est silencieux. Et toujours aussi beau. Voir plus qu'avant.

Jessica l'a préparé, elle n'a pas pu s'en empêcher. Et tout cela avec la complicité de son frère qui l'a habillé ; Newbirth, comme tout bon modèle qu'il est, s'est laissé faire.

Pour faire simple, les deux idiots avaient poussé l'ambiguïté sexuelle à son paroxysme en le maquillant de façon très prononcée : des yeux très charbonneux pour "contraster avec son teint pâle" avait insisté Jessica. Chris quant à lui avait dégoté pour le brun un splendide jean Diesel bleu nuit dont je n'oserai même pas imaginer le prix, et un simple haut noir de la marque allemande Tazuma.

Bien entendu, tout cela n'est pas pour me déplaire, au contraire, mais à présent, l'envie de récupérer mon Canon reflex numérique me démange plus qu'autre chose : un petit photo-shooting improvisé me tenterait énormément.

-Tooooom ! Bouge ton cul et vient danser au lieu d'essayer d'entrer en communication spirituelle avec ta Vodka-RedBull !

Je relève la tête, connaissant très bien l'origine de ce cri de goret bourré qui se perdait dans le fond sonore bruyant de la boîte de nuit.
Chris se déhanchait outrageusement, collé à sa s½ur sous le regard amusé d'Adelphe. Je m'étais toujours posé la question quant à la relation qu'entretenait les deux blonds qui, à mon avis, dépassait les limites des rapports fraternels que la morale les obligerait normalement à tenir.

Je grogne - de toute façon, je ne sais pas faire grand chose d'autre. Mon anniversaire était un jour que je vivais de plus en plus mal au fur et à mesure des années... Et la raison me parait plus qu'évidente : je ne suis pas né seul le premier septembre 1989. Fêter ce jour sans ma moitié me laissait un immense vide depuis huit ans qu'on m'avait injustement retiré Bill.

Une main sur ma cuisse me sort brutalement de mon absence.

Adelphe.

Son regard inquiet est posé sur moi ; j'ai l'impression qu'il m'a posé une question.

-Quoi ?

-Tout va bien ? Vous aviez l'air préoccupé.

-Oui oui tout va bien...
murmurai-je

-C'est amusant que vous soyez du premier septembre. Moi je suis du onze. A peine dix jours d'écart ! Presque comme des jumeaux, déclara-t-il pour plaisanter avec son accent américain

Je lui lançai un regard pire que noir ; un regard meurtrier.

-J'ai déjà un jumeau, rétorquai-je froidement

-Oh pardon... c'était une façon de parler... bafouilla Adelphe en voyant l'air mal aimable et énervé que j'affichais

Bill était un sujet tabou.

Depuis huit ans.

Même ma mère évitait... Tout d'abord parce qu'elle souffrait autant que moi (même si rien n'est comparable à mon avis) et parce qu'elle tenait trop à son dernier fils pour se le mettre à dos. Déjà que mon départ à Berlin avait été un coup dur pour elle, je pense que ma mère ne supporterait sûrement pas une dispute. Surtout à propos de Bill.

Gordon, mon beau père, n'en parlait pas non plus. Il s'était attaché à Bill, mais ne l'avait pas assez connu pour se permettre tout commentaire.

Ma réaction peut paraître excessive ; après tout Adelphe n'est pas au courant, son erreur est normale.

Cependant je ne suis ni gentil ni social. Je ne veux pas être agréable avec les gens. Je n'ai besoin de personne et sûrement pas d'un américain né un putain de onze septembre que je ne connais pas.

Le temps passe, le silence - façon de parler avec tout ce bruit ambiant - est pesant, et les verres s'enchaînent rapidement.

Très rapidement. Trop rapidement.

Au fur et à mesure, mon esprit s'embrume et mes pensées deviennent de moins en moins cohérentes. Adelphe commence à rire pour un rien. La musique me semble assourdissante.

Adelphe s'approche. Il rit toujours. Il dit des choses en anglais que je suis incapable de décrypter.

Toute notion logique et rattachée à la réalité désertait mon cerveau, et une seule semblait l'être réellement pour me venir clairement à l'esprit : sa beauté.

Pov Tom


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# Posté le samedi 09 août 2008 13:42

Modifié le samedi 09 août 2008 14:59

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Il étendit son corps, relaxant ses muscles tirés par la fatigue. Il grimaça en sentant ses vieilles cicatrices toujours légèrement douloureuses le matin, lorsqu'il se levait. Ces cicatrices vieilles de huit ans représentaient pour lui à la fois tout... et rien : toute sa vie, tout ce qui lui donnait un sens, un commencement ; et rien par le néant de ses souvenirs qu'elles lui rappelaient constamment.

Adelphe était amnésique. Sa vie ne commençait que dans le noir et la terreur il y a huit ans. Il était né à l'âge de douze ans dans la douleur de ses blessures et le néant que représentait sa vie passée.

Et chaque matin, il se levait avec une impression de vide inexplicable.
Mais pas aujourd'hui.

Un petit gémissement lui fit détourner la tête sur le côté. Une tête blonde dépassait de sous les draps, s'agitant, visiblement perturbé dans son sommeil par de mauvais rêves.

-Bill... Non... Mardi... Peur...

Les paroles incompréhensibles du jeune homme perturbait le pauvre Adelphe qui restait impuissance face aux cauchemars du jeune blond à peine sorti de l'adolescence.

-Well... Ähm monsieur Tom... monsieur Tom réveillez vous... murmurait-il en secouant légèrement le photographe

Celui-ci se réveilla en un sursaut violent, manquant de frapper le brun qui ne dut son salut qu'à ses réflexes corporels. Les deux jeunes se fixèrent longuement, l'un étonné par la réaction du second et l'autre figé par la présence inattendue du premier.

-Newbirth ? Qu'est ce que... commença Tom, l'esprit encore ensommeillé

-Hey bien, je viens de me réveiller et étant donné que nous avons couchez ensemble cette nuit, il est relativement normal que nous nous retrouvions dans le même lit. Je ne vois pas où est le souci ? déclara simplement Adelphe en haussant les épaules, comme s'il était tout à fait normal pour lui de se réveiller aux côtés d'un homme qu'il connaissait à peine et ce, après une torride nuit dont le blond avait perdu tout souvenir.

-Dégagez, répliqua sèchement le photographe

-C'est ma chambre.

-Très bien.


Tom se leva brutalement, dégageant les draps de son corps, dévoilant sa nudité aux yeux d'Adelphe qui ne se gênait nullement pour mater - et ce même s'il connaissait à présent parfaitement la physionomie de l'aimable étudiant. Ce dernier, se stoppant dans sa récupération de vêtements, se tourna de trois quart vers Adelphe pour lui poser une question, mais celui-ci le devança :

-Vous étiez en dessous. Je ne me laisse jamais dominer monsieur Tom.

Tom jura et partit rapidement de la chambre, traitant de tous les noms ce brun qui avait osé "lui pété le cul alors que lui n'était même pas en état de se souvenir de son propre prénom".

Le brun en question ricanait, au chaud dans ses draps, sans avoir remarqué la présence de Chris à la porte de la salle de bain.

-Il doit être de bonne humeur pour réagir avec autant de vivacité. D'habitude il se serait contenté de partir sans un mot. Je crois qu'il vous apprécie monsieur Newbirth.

- Appelez-moi Adelphe, Chris. Je préfère.


Le blond hocha la tête avant de disparaître, sans un mot de plus.

Adelphe ressentit à nouveau ce grand vide : finalement, cette journée n'était pas bien différente des autres.

[...]

-Jess... Jess réveille toi. Ils sont déjà levés.

La blonde grogna et se retourna dans le lit de son frère. Ce dernier eut un petit sourire en coin et se pencha sur sa petite s½ur et s'attaqua doucement à son cou en y déposant de légers baisers, mordillant légèrement sa peau pâle sous les petits gloussements de la maquilleuse.

-Chriiis... arrêtes... j'veux dormir.

-Tu veux vraiment que j'arrête ?
murmura-t-il en soufflant sur les lèvres de sa cadette

-Non continues en fait....

[...]

Tom bailla longuement, grimaçant à cause de son infatigable mal de crâne : gueule de bois. Chris, à côté de lui ricanait, se moquant de sa non-aptitude à tenir l'alcool. Lui intimidant de se taire, Tom essaya de se concentrer un minimum sur le cours de Herr Betheim qui, malgré sa vivacité et son intérêt, donnant présentement, plus envie de dormir qu'autre chose au jeune photographe.

-Monsieur Kaulitz ! Puisque je constate avec déception que mon cours a plus un effet somatique qu'autre chose sur vous, je pense qu'un petit tour au grand studio ne vous ferait pas de mal pour vous réveiller ! déclara solennellement le professeur avec, étrangement, un petit sourire en coin. Le même rictus qui se peignait lentement sur le visage de Chris : à s'en demander s'ils n'étaient pas de la même famille.

-Je l'accompagne monsieur.

-Si cela vous chante.


Tout content, Chris se leva d'un bond, entraînant avec lui Tom qui récupérait ses affaires avec difficulté sous le regard fixe des autres étudiants : le couple Chris-Tom était un mystère qui leur était entier.

Arrivés dans le couloir, Chris ne laissa même pas le temps à Tom de protester et le fit avancer rapidement dans les couloirs qui menaient au grand studio.

Lorsqu'ils y parvirent, la première chose que Tom put constater avec un sourire grinçant fut la présence de Jessica, en train de remaquiller Adelphe.

Forcément.... Le prof ne l'aurait pas renvoyer aussi directement de cours sans qu'il y ait anguille sous roche.

-Putain il tient vraiment à ce que je fasse ce stupide voyage.

-En même temps il a raison, c'est une occasion en or pour une carrière.

-Chris, ta gueule, ce serait mieux pour toi.

-Tom tu deviens vulgaire.

-A qui la faute crétin ?


Un petit gloussement les fit sortir de leur "dispute". Chris, avec un grand sourire, prit sa s½ur dans ses bras avec une attention singulière qui perturba de nouveau Tom.

-Comment tu as réussi à le faire venir ? Vous n'aviez pas cours ?

-Herr Betheim s'est chargé de ça à ma place. On s'est fait intelligemment virer de cours.

-Je vois. Hey bien venez, soyez utiles. Tom remplace Alysson. Chris tu m'aides à préparer Adelphe. Il a accepté d'être notre modèle de travail aujourd'hui.


Alysson, une jeune première année talentueuse, se retourna à l'entente de son prénom et rougit jusqu'aux oreilles en croisant le regard froid de Tom. Celui sortit son propre appareil photo, refusant de travailler sur celui du studio, bien que la qualité fût meilleure.
"Un bon appareil ne fait pas un bon photographe, et une bonne photo n'est possible qu'avec quelqu'un qui s'y connaît, pas avec un objet hors de prix". Tel était la maxime de travail de Tom. Et il était rare qu'on arrive à lui mettre le reflex du studio entre les mains pour travailler.

Il installa tout son matériel avec une minutie fascinante. Ce métier lui collait à la peau et il était évident qu'il était fait pour ça.

Adelphe parut alors. Tous ou presque le saluèrent poliment lorsqu'il se posta devant son photographe provisoire qui lui ne lui prêtait aucune attention, trop préoccupé par son installation.

-On change de décor, grogna le blond, Je veux un arrière plan simple, blanc. Pas de fioriture, c'est inutile.

Tous lui obéirent, lui le dernier année dont les profs parlaient du talent avec tant de ferveur, mais dont l'attitude en refroidissait plus d'un.

-Bien. On peut commencer.

[...]

Adelphe concentra son regard sur l'objectif, mais le regard froid de Tom le perturbait. Les images de leur nuit passée lui revenaient en mémoire : le blond en sueur sous lui, murmurant en douce litanie le nom d'un autre, sans que cela dérange Adelphe. Il se souvenait encore comment ses jointures en étaient devenues blanches à force de serrer les draps alors que Tom lui...

-Newbirth concentrez-vous.

... bref.

Gardant pour lui ses visions érotiques, il ne put s'empêcher de prendre une pose provocatrice, toute destinée au photographe qui, loin de s'en préoccuper (du moins en apparence) continuait à mitrailler intelligemment le modèle. Modèle qui, frustré de faire aussi peu d'effet, repris une pose plus simple.

-Légèrement sur le côté. Oui comme ça. Plus cambré. Parfait.

Le ton méthodique de Tom était tout sauf excitant pour Adelphe qui se sentit pour la première fois depuis des années indésirable. Situation totalement impensable pour lui.

En même temps, un peu de résistance ne pouvait rendre le jeu que plus croustillant.

"J'aurai Tom à mes pieds. Foi d'Adelphe Newbirth."

Cette petite pensée, quoiqu'un peu clichée, éveilla l'esprit de jeu qu'avait Adelphe. Habituellement, la nuit qu'il avait passé lui aurait suffit. Mais pas cette fois. La mauvaise volonté du blond donnait envie à Adelphe de remettre le couvert, mais cette fois en toute sobriété pour que la victoire n'en soit que plus jouissive.

Mais il restait un mystère à élucider pour Adelphe sur son probable concurrent :

Qui était Bill ?



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# Posté le samedi 09 août 2008 14:38

Modifié le samedi 09 août 2008 18:28

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-Bill ? Son frère jumeau je crois, sa mère nous en avait vaguement parlé.

Adelphe recracha violemment toute la RedBull qu'il commençait à avaler.

-Tu n'aimes pas la RedBull ? Pourtant c'est super bon.

-Son jumeau ?!

-Oui pourquoi, y a un problème ?

-Si gémir le prénom de son jumeau lorsqu'on couche avec quelqu'un d'autre est un problème alors OUI y en a un !


Adelphe vit du coin de l'½il, Chris lancer un regard sombre à sa s½ur qui regarda ailleurs. L'échange fut bref mais suffisant pour éveiller la curiosité du mannequin.

-Un souci ?

-Non pas vraiment, mais je pense qu'il vaut mieux te prévenir : ne parle pas de Bill à Tom. Sa mère nous a prévenu alors on a jamais de boulettes mais...

-Boulettes ?

-On a jamais abordé le sujet quoi.

-Ah. Mais pourquoi il s'est passé quelque chose ?

-On pense qu'il est mort. Mais on est sûr de rien. Je sais juste qu'il y a plein de photos de lui dans la chambre de Tom. Ah d'ailleurs n'essaye pas d'y entrer, Tom te tuerai s'il te surprenait dedans. Je me souviens encore du poing qu'il m'a foutu...

-Oh...


Adelphe resta silencieux, commençant à mieux cerner le personnage, et comprenant l'erreur qu'il avait fait en boîte en parlant de jumeau lorsqu'il avait évoqué leurs dates de naissance.

"Enfin de naissance... Pour mon cas, je n'en sais strictement rien..."

Adelphe soupira.

-Adelphe j'peux te poser une question ? demanda doucement Jess' comme si elle avait peur de le brusquer

-Bien sûr.

-D'où vient ta cicatrice à l'arcade ?


Adelphe se figea, avalant difficilement sa salive.

-Oh et bien c'est une histoire un peu compliquée...

-Tu as eu un accident ?

-On peut dire ça...
répondit-il évasivement

-Il y a longtemps ?

-Huit ans...


Des souvenirs désagréables revinrent à l'esprit d'Adelphe ; le noir, la poussière, l'odeur de sang et de chair calcinée, le goût acre de la cendre dans la bouche... et cette terreur qui envahissait chacune de ses molécules alors qu'il s'étouffait dans ses propres larmes en essayant d'appeler à l'aide.

-Le 11 septembre... murmura-t-il en anglais

Le frère et la s½ur restèrent muets devant le regard perdu et torturé d'Adelphe : ils avaient compris.

Adelphe avait survécu physiquement aux attentats du 11 septembre 2001 mais il s'en était jamais remis.

En même temps, qui pouvait se vanter d'avoir vécu ce jour comme les autres ?

[...]

Jess' alluma son ordinateur portable. En page d'accueil, le site de Google s'afficha rapidement. Hésitant quelques temps, elle décida finalement de faire sa recherche sur Wikipedia. Arrivée sur le site en question, elle tapa les mots clés, fort simples, de ce qu'elle cherchait.

Adelphe Newbirth.

Très vite, plusieurs pages s'affichèrent et elle sélectionna celle qui l'intéressait et lu. Au fur et à mesure de sa lecture, ses yeux s'agrandirent de stupeur, les révélations s'enchaînant, le brouillard se levant et son cerveau mettant en relation tellement de choses n'ayant en apparence rien en commun. Des hypothèses plus folles les unes que les autres fleurissaient dans son esprit, et lorsqu'elle eut terminé sa lecture, elle imprima les pages et éteignit son ordinateur en respirant fort, comme si elle venait de courir un marathon.

Quittant sa chambre, elle laissa les feuilles dans l'imprimante, où seule la première ligne paraissait: "Adelphe Newbirth, célèbre mannequin new yorkais, mais aussi dix septième victime retrouvée dans les décombres du World Trade Center après les tristement célèbres attentats du 11 septembre 2001."

[...]

Jess' remua nerveusement dans le canapé. Elle aurait voulu tout expliquer à son frère, mais Tom avait fait irruption avant même qu'elle n'ait commencé à parler.

La télévision en bruit de fond, personne n'émettait un mot. Rien.

Un ange ne passa pas, mais une mouche mourut en plein vol à la place -paix à son âme-, et Jess' se décida enfin à tenter le tout pour le tout...

-Tom ?

-Hm ?

-Comment ton jumeau est-il mort déjà ?


La question jeta un froid passablement glaciale.

Le "déjà" avait été volontairement glissé dans la phrase alors que, bien entendu, Tom ne lui avait jamais parlé de cela. C'était LE sujet tabou du blond et jamais Jessica ne se serait risqué à poser la question auparavant.
Le jeune photographe stoppa vivement tout mouvement, laissant son appareil photo sur la table. Son visage était blanc comme un linge et son regard vide. Jess' savait qu'il était risqué d'aborder le sujet mais il fallait qu'elle comprenne certaines choses.

-Tom...

-Ça ne te regarde pas.

-Pourquoi ne veux-tu pas aller à New York ?

-Tais-toi ! Tu me gonfles avec tes questions.


Jessica prit son courage à deux mains et lança d'une voix claire et forte à Tom qui s'était levé et commençait à partir :

-Il est mort là bas ?

Chris, qui jusqu'alors ne disait rien, s'étouffa à moitié avec son coca : sa s½ur était folle. Tom se tourna lentement vers Jessica qui frissonna face au regard meurtrier de son ami : peut être aurait-elle du se taire...

-Tom... ne lui en veut pas, sa question était maladroite... commença Chris pour sauver la situation

-Non non ! Je veux savoir, merde ! Tom, nous sommes tes amis, on te dit tout, on te soutient quand ça va pas même si tu fais croire que rien ne te touche et donc que tout va bien, on ne t'a jamais embêté sur ton passé mais pour vraiment t'aider, on a besoin d'en savoir un minimum. Merde Tom, on ne sait rien de ta vie depuis trois ans qu'on te connaît alors que tu sais tout de nous, ou presque !

-Je ne vous ai jamais rien demandé !

-Ouais, et si on n'avait pas été là, t'aurais continué à te shooter à l'héro pour finir par crever d'overdose ?! Belle vie, c'est sûr. C'est vrai, t'as raison, on aurait du te laisser te pourrir la vie avec ta merde.


L'héroïne. Moyen désespéré pour l'âme à la dérive qu'il était de combler un manque dévorant. Manque qui au contraire n'en devenait que plus dévastateur avec le temps et les doses, et qui jamais ne s'effaçait, même sous toute drogue que ce soit.
Tom ne répondit pas, visiblement perturbé par les paroles tellement violentes de la jeune blonde, pour la simple et bonne raison qu'elle énonçait la stricte vérité. Chris fixait sa s½ur, incertain quand à l'attitude bonne à adopter, quand soudain, un soupir de Tom le surprit dans ses doutes.

-Pourquoi vous me faites ça ? murmura Tom d'une voix brisée en se laissant tomber sur le canapé.

-Parce que tu as besoin d'en parler, que les amis sont faits pour écouter et aider, et que jusqu'à preuve du contraire, nous sommes tes amis. Tu ne peux pas y arriver tout seul.

A leur grand étonnement, Tom hocha la tête et se leva pour aller dans sa chambre. Jess' et Chris échangèrent un regard inquiet quand Tom revint, tenant une grande boîte en carton.

-Comme vous le savez, je suis né le premier septembre 1989, à Leipzig, ainsi que mon frère jumeau : Bill, commença Tom en sortant une photo de la boîte montrant deux bébés, parfaitement identiques. On a grandi à Loitsche, et ensuite on a commencé à faire de la musique avec deux amis, Georg Listing et Gustav Schäfer. Bill chantait, précisa-t-il en montrant plusieurs photos du groupe. Mon frère s'est teint les cheveux en brun, il trouvait ça mieux alors que moi j'avais plutôt opté pour des dreads.

Jess' observa attentivement le petit androgyne brun aux cheveux dans tous les sens, maquillé légèrement sur les yeux et percé l'arcade : ce dernier détail l'intrigua et attisa ses doutes.

-Mes parents avaient divorcé et mon père voulait continuer de nous voir malgré tout à nos anniversaires. Moi il m'a offert une Gibson, exactement ce que j'avais toujours voulu avoir. Il portait moins d'affection à Bill parce qu'il n'aimait pas son style et ce qu'il devenait, mais malgré tout il lui a offert le voyage de ses rêves: New York pour une semaine. On venait d'avoir douze ans...

Tom se stoppa quelques secondes en passant la main dans ses cheveux d'un geste las. Jessica observa longuement la carte postale de NYC qu'avait sortie le blond.

-Ils sont partis le sept septembre. Bill était dans tous ses états, il me suppliait de venir avec lui parce qu'il ne supportait pas qu'on soit séparé. Bien entendu je ne pouvais pas... Tous les jours il m'appelait pour raconter ce qu'il avait vu et ce qu'il comptait faire après. Puis, le mardi de leur arrivée, il était prévu qu'ils aillent visiter les Twin Towers. Bill avait toujours rêvé de les voir avec moi... c'est assez symbolique après tout, en tant jumeaux... Mon père devait revoir quelques amis dans les bureaux de la Tour Sud. Au 109e étage je crois.

Jessica comprit brusquement. Elle comprit enfin pourquoi chaque onze septembre Tom disparaissait de la circulation. Elle comprenait pourquoi il avait si peur de l'avion et pourquoi il refusait si ardemment le voyage à New York.

-Onze Septembre 2001... L'attentat du World Trade Center... murmura-t-elle d'une voix blanche

Tom frissonna. Chris se figea.

-Il... Il était encore dans les bâtiments... ?

-Mon père nous a appelés pour nous dire au revoir. Il toussait comme un tuberculeux et pleurait à moitié en parlant. J'ai allumé la télé du salon et... et j'ai vu... cette putain de tour s'effondrer... le téléphone a coupé à ce moment là... Bill n'était pas avec lui. Il n'était pas là. Il était quelque part là dedans. Pas d'au revoir... Je n'ai jamais accepté qu'il puisse être mort... J'ai senti même à des milliers de kilomètres qu'il avait eu mal et peur, horriblement même, mais absolument pas qu'il était mort.

-Et...

-On ne l'a pas retrouvé. Il fait parti des vingt quatre disparus déclarés morts à défaut de les avoir retrouvés...

-Tom... pourquoi tu as tout changé ? tes cheveux, ton style... toutes ces petites choses...

-Nous... nous avions besoin de ne pas être identiques... ne pas être jumeaux face aux regards extérieurs... On avait fait ça d'un commun accord... Mais sans lui ça n'a pas de sens... Il aimait mon style et seul son avis comptait pour moi... Sans lui, ça ne sert à rien.


Jess' hocha la tête.

Un silence lourd tomba sur la pièce.

Personne n'osait dire quoique ce soit.

Les pensées de la petite maquilleuse s'entrechoquaient violemment car ses plus folles hypothèses prenaient vie et pied dans la réalité : Adelphe et Bill n'était qu'une seule et même personne, et ça elle en aurait mis sa main à couper, même si certains points restaient flous et illogiques. Mais son intuition ne l'avait jamais trompée. Hélas, malgré ses certitudes, elle ne pouvait pas en faire part à Tom. Pas avant que... non même pas en fait... ce n'était pas à elle de lui révéler ça. C'était à Bill lui-même de le faire, mais pour ça, fallait-il encore qu'il le sache.




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# Posté le dimanche 10 août 2008 09:13

Modifié le dimanche 10 août 2008 11:48

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Jessica était une jeune femme singulière. D'une vivacité d'esprit et d'un franc parlé qui avaient effrayé plus d'un de ses prétendants. Passionnée de romans, elle avait une imagination très farfelue certes, mais surtout le don de comprendre bon nombre de choses bien plus vite que les autres. Elle n'avait aucune logique mais son intuition décalée ne la trompait jamais.

La première fois qu'elle avait vu Adelphe, sa ressemblance avec Tom l'avait frappée. Les autres n'avaient pas relevé, pas même Chris. Ne préférant pas partager ses théories fumeuses avec son frère, elle s'était décidée à essayer d'en savoir plus sur le modèle.
Depuis longtemps, elle se doutait que si Tom refusait le voyage aux Etats Unis, c'est que quelque chose de grave s'y était produit, et étant donné que la chose qui affectait le plus Tom était son frère jumeau, les deux devaient avoir un lien.
Puis ses recherches sur Adelphe lui avaient fait savoir qu'il n'avait la nationalité américaine que depuis ses douze ans. Avant cette période, rien, aucune information.
Et enfin, était arrivé l'histoire de Tom. Les attentats de 2001, les photos, tout se confirmait. La cicatrice d'Adelphe datait de huit ans. Sur les photos, Bill portait un piercing au même endroit. Piercing qui se serait sûrement arraché durant l'effondrement des tours jumelles, laissant une affreuse cicatrice à vie. Comme Adelphe.

La question maintenant était de savoir pourquoi Bill n'était pas retourné dans sa famille, pourquoi ne disait-il rien à Tom, et surtout par quel miracle se retrouvait-il comme par hasard dans la même école que son frère à l'heure actuelle ?

Elle aurait aimé lui poser ces questions, mais elle n'était pas sûre que lui-même le sache.

[...]

Adelphe posa son sac sur le canapé et se posa lourdement à côté. Passant les mains sur son visage, il soupira, fatigué. Rien. Il n'avait rien trouvé. Ses recherches ne menaient à rien. Le silence lui semblait pesant, mais pas forcément une mauvaise chose pour son pauvre crâne qui n'en pouvait plus de lui faire mal. Venir à Berlin lui avait semblé la meilleure opportunité pour avoir des informations, mais visiblement il s'était trompé. Encore une fois. Trompé sur toute la ligne.

"Sans doute que je n'existe pas..." pensa-t-il amèrement

Son téléphone vibra, le sortant de ses pensées. Mollement il le sortit de sa poche et décrocha.

-Yes ?

-Adelphe, où en es-tu ?

-Je...

-Honnêtement.

-Rien pour l'instant mais je vais trouver, laisse moi juste un peu de temps, je suis sûr d'être sur la bonne voie !

-Je te laisse jusqu'à ton anniversaire.

-C'est trop peu ! une semaine de plus au moins s'il te plait.

-Accordé. Mais si tu ne trouves rien d'ici là, tu rentres New York. Comme prévu.

-Mais...

-Pas un jour de plus. Quelque chose à ajouter?


La porte de la chambre de Tom claqua bruyamment, faisant sursauter le brun qui manqua de laisser tomber son portable.

-Non rien. Je dois te laisser, bye.

-Je te rappelle vendredi pour ton anniversaire.


Le téléphone sonna la fin de la conversation, faisant soupirer Adelphe.

-Vous pouviez continuer, grogna Tom qui prenait quelque chose dans le frigo

-J'avais terminé.

Un silence plana dans la pièce. Adelphe n'aimait pas le silence. A vrai dire il ne supportait pas cela. C'est pourquoi il engagea la conversation :

-Votre professeur m'a beaucoup parlé de vous.

-Je n'en doute pas.

-Le meilleur de ses élèves à ce que j'ai cru comprendre.

-Ce n'est pas ce qui me préoccupe.

-Pourtant vous aimeriez faire ça de votre vie non ?

-Comme tout le monde ici.

-Alors pourquoi ne pas m'accompagner à New York ?


Tom reposa brutalement l'assiette qu'il tenait en main, Adelphe soupira devant le manque de self control de son interlocuteur, et la réponse à sa question fut rapide, claire et tranchante.

-Je ne n'irais jamais dans cette ville, ni même dans ce pays, et ce, même pour tout l'or du monde !

-Vous savez,
commença Adelphe en se dirigeant vers Tom d'un pas lent, New York n'est pas une ville très amusante quand on y est tout seul. Je vous aime bien, se serait sûrement plus intéressant avec vous. New York n'est pas si bien qu'on pourrait le penser sans quelqu'un avec soi... murmura-t-il à l'oreille du blond

« Tu me manques Tomi. New York n'est pas aussi bien que je l'aurai pensé sans toi. »

Tom se dégagea violemment, repoussant les avances du modèle, qui soupira de nouveau devant le manque de bonne volonté de l'étudiant.

-Allez-vous faire voir Newbirth. Vous et votre stupide ville maudite, cracha Tom avec une rage contenue.

Réaction qui fit frissonner Adelphe. Jamais il n'avait vu un regard aussi flamboyant que celui de Tom présentement. C'était un regard profond et sincère, mais terrifiant par la violence qui l'habitait.

La porte claqua. Celle de la chambre du blond.

Décidément.


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# Posté le lundi 11 août 2008 08:12

Modifié le lundi 11 août 2008 20:07

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-Happy Birthday Adelphe !

Le concerné releva la tête surpris dans son travail. Quittant précipitamment la page internet sur laquelle il se trouvait, il ferma son ordinateur portable et laissa une place à Jess' sur le canapé. Celle accepta bien volontiers de s'asseoir et claqua une bise sur la joue du modèle en s'installant.

-Merci beaucoup.

-De rien c'est normal. Je suppose qu'on vous l'a déjà souhaité plusieurs fois.

-Oui, une fois la minute de silence faite, tout le monde s'est précipité pour me le dire.

-Ça ne m'étonne pas,
répondit-elle avec un sourire.

-Ähm... Tom était absent aujourd'hui non ?

-Comme tous les 11 septembre.

-Ah ? Pourquoi cela ?
demanda-t-il, surpris

-Sûrement pour se rendre sur la tombe de son frère. Il est mort à cette date.

-Oh... Décidément...
murmura le brun, songeur

-Quoi ?

-Non je me disais que le 11 septembre n'était pas une date très joyeuse. On pourrait se dire que c'est une date maudite.

-Pourquoi ? A part en 2001, il n'y rien eu.

-Mais vous disiez que...

-Bill a disparu lors des attentats. A New York.


Adelphe sursauta.

-Vraiment ?

-Oui.

-Gott, j'ai fait une monstrueuse boulette...


Il repensa à la dernière conversation qu'il avait eue avec le blond la veille et même lors de leur sortie en boîte.

-Et pas qu'une même... gémit-il en se prenant la tête dans les mains, Quel idiot je fais...

Jessica n'insista pas sur le pourquoi du comment, et n'en n'eut de toute façon pas le temps car Tom entra dans l'appartement, trempé jusqu'aux os, couvert de terre et d'herbes.

-Tom ?! s'exclama la maquilleuse surprise de le voir rentrer si tôt

Mais celui ci ne lui répondit pas, il se posta d'un air déterminé devant Adelphe qui le regarda, un peu inquiet.

-C'est d'accord Newbirth, je viens à New York avec vous. Et pas de question.


Les deux autres sursautèrent devant cette phrase totalement inattendue de la part du photographe. Cela étant dit, il se dirigea vers la salle de bain, laissant le brun et la blonde complètement bouche bée.

Alors ça, ce n'était pas une surprise, c'était un boulet de canon !

[...]

-Vous repartez dans une semaine ? Mais pour l'élève...

-J'ai déjà choisi et il est d'accord.

-Oh...


Le professeur soupira, déçu.

-J'aurai tellement aimé que Tom parte. Moi qui avais enfin réussi à convaincre le reste du corps enseignant...

-Mais, c'est justement Tom que j'ai choisi.


Herr Betheim sursauta, arrêtant de ranger ses affaires de cours théorique.

-Il a accepté ?

-Oui, de lui même, j'étais assez surpris.


Le petit homme n'eut pas le temps de manifester sa joie qu'on frappa. Suite à tonitruant "Entrez" manifestant la soudaine bonne humeur, une petite dame aux longs cheveux blonds vénitiens entra timidement dans la pièce avec un sourire faussement heureux : ses yeux sombres criaient sa tristesse profonde.

-Madame Kaulitz-Trümper ?

-Oui, bonjour Herr Betheim, mon fils m'a appelée. Apparemment il faut que je vous vois pour le voyage à New York...


Elle se tut, fixant Adelphe d'un oeil étrange.

-Oui oui bien sûr, je suis très heureux de voir que votre fils a enfin changé d'avis. Il accompagnera Monsieur Newbirth ici présent.

La mère de Tom ne l'avait pas lâché du regard, comme si quelque chose sur son visage n'allait pas. Souhaitant cesser cette observation gênante, il prit la parole :

-Je suis un ami de votre fils madame, c'est un plaisir de vous rencontrer.

-Alors c'est vous... Je comprends mieux pourquoi Tom vous laisse l'approcher...


Elle serra la main du brun, et passa doucement son autre main sur sa joue.

-Vous lui ressemblez tellement que s'en est déroutant.

-Qui ?

-Mon fils.

-Tom ? Je ne trouve pas vraiment, le blond ne m'irait pas.

-Non, mon cadet, Bill.


Adelphe se tut, et frissonna, affreusement gêné : lui avait injustement survécu alors que le frère de Tom non. Cela lui explosait au visage, maintenant qu'il avait cette mère triste en face de lui.

-Je suis... vraiment désolé... déclara-t-il en baissant la tête

-Ce n'est pas votre faute, le monde est fait ainsi.

-J'y étais moi aussi ce jour là. Il n'est pas juste que j'en sois sorti alors qu'il...

-Le monde est injuste. Je ne devrais pas avoir à enterrer mon enfant, mais c'est arrivé et je n'y peux rien. Aujourd'hui j'aimerai juste que mon fils restant fasse son deuil et arrête de vivre par procuration. Ce voyage va peut être lui permettre cela. Si on avait retrouvé une trace de son jumeau, peut être que tout aurait été plus simple. Sans ça il aura toujours l'espoir qu'il est en vie. Je le comprends : prier devant une tombe vide est tout ce qu'il y a de plus horrible. Surtout quand il s'agit de sa propre moitié.


Adelphe hocha la tête, les yeux mouillés. Voyant ses larmes, l'instinct maternel de Simone prit le dessus, et elle l'entoura de ses chaleureux bras de mère en manque de ses enfants.

L'étreinte fut longue et tendrement agréable aux yeux d'Adelphe qui n'avait pas connu sa propre mère, ou plutôt, il ne s'en souvenait pas. Elle fut tout aussi appréciable pour Simone qui retrouvait quelques instants l'impression de consoler Bill.

-Maman ?

La voix de Tom les fit tous sursauter, n'ayant pas vu le blond entrer. Madame Kaulitz-Trümper quitta presque à regret les bras du jeune mannequin pour se précipiter sur son dernier fils.

-Maman... grogna celui-ci

-Oh mon Tomi, tes cheveux ont encore poussé, tu es tout mignon ! Tu pourrais te refaire des dreads avec cette longueur.

-Sûrement pas!
cracha-t-il en repoussant sa mère

Adelphe regarda la scène tristement. Tom ne se rendait vraiment pas compte de la chance qu'il avait. Que ne donnerait-il pas lui-même pour retrouver ça... une mère, une identité, une vraie famille... En somme, une vraie vie.

La vie d'Adelphe était basée sur le mensonge. Après un long coma, il s'était réveillé dans une chambre d'hôpital, un homme à ses côtés se disant être son père. Il n'aurait pu démentir ce fait à l'époque, son esprit était vide, tel un nouveau né à la naissance. Il avait du tout réapprendre dans une famille qui ne l'aimait pas vraiment, ses "frères et s½urs" le traitant comme un inconnu : ce qu'il était. Puis à ses quinze ans, son "père" l'avait engagé dans son agence de mannequins. C'est à ce moment là qu'il avait du maîtriser le français et l'allemand. Etrangement, l'allemand lui avait paru d'une simplicité enfantine, levant des doutes sur son identité. Son "père" lui avait alors tout révélé.

Et c'est là qu'avait commencé sa quête pour retrouver son identité... Mais qui pour l'instant n'aboutissait à... rien. Puis se souvenant avec quelle facilité il avait appris l'allemand, il s'était penché sur la possibilité d'être de cette origine, et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé à Berlin pour ses recherches. Mais toujours le néant. A croire qu'il n'avait jamais existé.

-Adelphe ?

L'interpellé sortit de ses pensées, surprenant sur lui le regard bienveillant, bien qu'un peu inquiet de la mère de Tom qui lui, le regardait avec un air soupçonneux, se demandant sûrement pourquoi sa mère était si familière avec lui.

-Oh pardon, j'étais un peu perdu dans mes pensées.

-Oui nous avons vu ça !
s'exclama le professeur Betheim en riant légèrement

Un court silence plana, silence pendant lequel Adelphe fixait Tom, se demandant ce qui avait bien pu le faire changer si vite d'avis... Lui qui semblait si déterminé à ne jamais poser un orteil sur le sol américain, voilà qu'il acceptait brusquement d'y aller... La volonté de faire son deuil ? Oui mais pourquoi maintenant ?
Tout s'embrouillait dans l'esprit déjà bien occupé du jeune mannequin qui se décida à lever le mystère rapidement :

-Pourquoi avoir changé d'avis si rapidement Monsieur Tom ? Vous qui sembliez ne jamais vouloir voir les USA, et encore moins New York, j'avoue être étonné.

-Ca me regarde,
répondit froidement Tom, en lançant un regard polaire à Adelphe, faisant soupirer sa mère et plonger la pièce dans une ambiance très lourde.

-Well... Comme bon vous semble.

-Parfait.


-Perfect.

-Arrêtez de parler en anglais, c'est insupportable, je déteste cette langue.

-Pourtant il va falloir vous y habituer, aux USA on ne parle que cela. Les gens ne feront aucun effort pour vous comprendre, surtout en allemand.


Tom soupira d'agacement devant ce fait. Pas qu'il soit nul en anglais, au contraire, mais il n'aimait parler cette langue si pompeuse à ses yeux. La réaction du blond fit ouvertement ricaner Newbirth et sourit sa mère. Décidément, il avait l'impression que tous était contre lui.... En même temps il n'avait jamais vraiment mis du sien pour avoir des alliés pour le soutenir...

-J'aurai du temps libre j'espère...

-Bien sûr, nous travaillerons ensemble dans l'agence qui m'engage, vous travaillerez sur les mêmes défilés que moi, mais tout le reste du tout temps vous appartient. Je pourrais vous faire découvrir la ville.

-Je m'en passerai largement. J'ai autre chose à faire.

-Certes...
grimaça le brun en hochant amèrement la tête. Lui qui espérait un petit peu plus de coopération de la part de Tom, c'était complètement raté.

-C'est bon, on a assez discuté ? Je peux partir ? grogna l'apprenti photographe

Le professeur Betheim hocha silencieusement la tête, déçu par les réactions et l'attitude toujours aussi antipathique de son élève. Ce dernier, ravi de la réponse de son enseignant, fit une rapide bise à sa mère et sortit en claquant la porte.

-Il est invivable... soupira Simone

-On s'y habitue, répondit Adelphe du tac au tac, plus pour lui-même que pour Simone

-Je suppose... déclara-t-elle pour conclure en fermant les yeux d'exaspération.

Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour que Bill soit encore là pour tempérer son frère....



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C h a p i t r e  H u i t _____________________________________ K a p i t e l  A c h t

# Posté le lundi 11 août 2008 09:15

Modifié le mardi 12 août 2008 09:24