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Chris s'apprêtait à sortir de sa chambre, quand une sonnerie de portable brisa le silence ambiant. Apparemment il n'était pas seul dans l'appartement. Entrebâillant doucement la porte, il aperçut Adelphe, le téléphone contre l'oreille, l'air crispé et irrité.
-Merci... Non je... je n'ai rien trouvé... Je sais je sais ! Je rentre dans une semaine comme prévu oui... Je sais que je suis sur la bonne voie... Oui je sais qu'il ne me reste que cette possibilité... Je suis allée faire des recherches au centre de Berlin pour savoir si je pouvais trouver des familles ayant des enfants portés disparus depuis le 11 septembre 2001, mais rien... Je n'existe pas... NON ! Je ne suis pas Adelphe Newbirth, ce personnage n'a JAMAIS existé ! Je veux savoir QUI je suis VRAIMENT ! Tu peux comprendre ça ?... Oui c'est ça... Ouais, au revoir "papa", je te rappellerai quand je prendrais mon avion.
La conversation tumultueuse s'arrête à ces mots froids. Chris resta silencieux, bénissant sa mère d'être d'origine de San Francisco, ce qui lui permettait une compréhension quasi-totale et parfaite de l'anglais. Alors qu'il s'apprêtait à refermer la porte de sa chambre, celle ci s'ouvrit en grand, laissant apparaître Adelphe, le regard froid et tranchant.
-Tu écoutais ?
Chris hocha doucement la tête, ne se sentant pas de mentir devant ce regard si inattendu de la part d'Adelphe qui s'était toujours montré très attentif et agréable. Le mannequin l'attrapa par le col et le plaqua contre le mur avec une violence et une force insoupçonnées à cause de sa carrure si fragile d'apparence. Alors que son visage n'était qu'à quelques centimètres de celui du styliste, Adelphe reprit la parole :
-Oublie tout ce que tu as entendu. Si ce que tu as entendu se sait par les médias, je peux t'assurer que je ruinerai ta vie et tes possibilités de carrière à néant. Me suis-je bien fait comprendre ?
Le blond, qui ne s'était jamais retrouvé dans une telle situation de faiblesse, ne put que couiner un petit oui, priant pour que le modèle le lâche dans les secondes qui suivraient, sinon il ne donnait pas cher de son espérance de vie qui diminuait à vue d'½il alors qu'il avait du mal à reprendre son souffle.
Satisfait, le brun le lâcha, le laissant s'affaler au sol pour reprendre une respiration plus régulière, avant de quitter la pièce, le son des talons de ses santiags claquant sur le sol.
[...]
Jessica se glissa en silence dans la chambre de son frère, un petit sourire aux lèvres. Avançant félinement vers le lit, elle y vit son aîné allongé, fixant le plafond d'un ½il vide. Etonnée de cette attitude, elle cessa son petit jeu et s'assit simplement à côté du blond.
-Chris ?
Il ne répondit pas avec des mots, mais son expression changea ce qui permit à Jess de savoir qu'elle avait toute son attention. Rarement la jeune étudiante avait eu l'occasion de voir son frère dans cet état.
-Qu'est-ce qui se passe ? Papa a appelé ?
-Non rien à voir...
D'ailleurs, les seules fois où il avait été dans un état pareil, c'était après avoir vu leur père ou lui avoir parlé... C'était rare, très rare, mais souvent très houleux. Leur père les détestait... parce qu'il savait certaines choses qui ne lui plaisait aucunement. Jessica refusait toujours de lui parler, ses mots étaient tellement durs lorsqu'il lui adressait la parole tandis que Chris restait toujours en apparence d'un calme olympien au téléphone, alors que tout en lui bouillonnait et il laissa sa colère éclater au grand jour uniquement lorsqu'il raccrochait.
-Peut être que j'aurai préféré en fait...
-Raconte.
-Qu'est-ce que tu penses d'Adelphe ?
Elle sursauta, étonnée par la réponse. Ou plutôt la question. Etrange question d'ailleurs. Pourquoi Adelphe ? Etait-il réellement ce qui perturbait tant Chris, ou juste un prétexte pour détourner la question.
Cependant, quelle que soit la raison pour laquelle il abordait ce sujet, elle mit de côté toutes ses interrogations pour répondre sincèrement à son frère.
-Eh bien, je l'apprécie beaucoup... Il a beaucoup de points sombres que j'ai réussi à comprendre, mais pas tous... Il a l'air d'avoir vécu des choses très dures dans sa vie, notamment les attentats.... Il a l'air tellement perdu...
-Hmm...
L'interruption de Chris la surprit en pleine explication. Jamais il ne faisait ça, jamais il ne lui coupait la parole. Soucieuse, elle s'allongea doucement sur son frère, la tête reposant sur son torse, laissant balader ses mains sur son cou et sa nuque... étrangement rouges. Brusquement, elle se redressa et déboutonna la chemise de son frère, laissant apparaître des traces violacées, comme si quelqu'un avait essayé de l'étrangler ou plutôt de l'étouffer en le soulevant par le col.
-Chris ! Qui t'as fait ça ?
-Adelphe...
-Quoi ?
Choquée, elle secoua son frère, cherchant à lui redonner un peu d'énergie, pour qu'il lui explique son délire. Jamais elle n'imaginerait Adelphe, le doux Adelphe faire ça. Mais jamais son frère ne lui mentirait...
-Pourquoi ?! Que s'est-t-il passé ?!
-Laisse-moi !!
Il la repoussa violemment, comme jamais il ne l'avait fait. Les larmes aux yeux, elle le regarda, pétrifiée par cette réaction si inhabituelle. Secouant la tête, elle se dirigea vers la porte, et avant de sortir, elle déclara simplement :
-Je croyais qu'on était seul contre le monde et qu'on ne pouvait compter que l'un sur l'autre. Mais apparemment tu as décidé que tu serais seul.
Et elle partit en claquant fortement la porte alors qu'il était près d'une heure du matin.
[...]
Adelphe sursauta en entendant une porte claquer. Curieux, il se leva de son lit et sortit de sa chambre. Dans le salon plongé dans le noir, Jess se tenait debout, les mains à plat sur le meuble près de l'entrée, la tête baissée, les épaules tremblantes. Adelphe s'approcha d'elle doucement, silencieusement, pour ne pas lui faire peur en faisant trop de bruit. Lorsqu'il fut proche d'elle, il posa sa main sur son épaule d'un geste de soutien, et lui demanda si tout allait bien.
Relevant la tête, Adelphe vit à travers les larmes de la jeune femme un regard noir et meurtrier qu'elle lui adressait. Etonnée de cette réaction si agressive, il enleva rapidement sa main, attendant les représailles, les reproches qu'elle semblait avoir contre lui.
-Qu'as-tu fais à mon frère ?! chuchota-t-elle rageusement, ayant tout de même à l'esprit qu'il était fort tard, et que réveiller Tom à cette heure là était plus que suicidaire.
-Rien, strictement rien ! déclara-t-il en prenant un air faussement surpris.
Elle eut un doute devant l'air purement innocent du mannequin, y croyant presque, mais toutes ces années à côtoyer Tom qui avait les mêmes expressions qu'Adelphe lui avaient appris beaucoup de choses, et à cette instant, elle savait qu'il mentait purement et simplement. Les jumeaux étaient tout deux d'excellents menteurs.
-Ne mens pas Adelphe, pas avec moi. Je te faisais confiance, je pensais que c'était un minimum réciproque, même si on ne se côtoie pas depuis le jardin d'enfants.
-Sache... commença-t-il en se penchant à l'oreille de la blonde, que je n'ai confiance en personne. Même pas en moi-même.
-Oui je me doute, il paraît que c'est un symptôme relativement normal chez les gens qui perdent la mémoire au cours d'un accident, répliqua-t-elle sarcastiquement, essayant de ne pas frissonner face au ton froid de son "ami".
Celui-ci se tut, fixant Jessica d'un air indescriptible que la jeune enquêteuse en herbe n'aurait su expliquer correctement.
-C'est ton frère qui t'a tout dit ?
-Non je l'ai deviné moi-même après quelques recherches... Mais... pourquoi mon frère, je ne lui ai rien dit, il n'est pas... Oh !
Elle venait de comprendre. Sans doute son frère avait un peu trop fouillé de son côté ou trop écouté aux portes, ce qu'Adelphe avait découvert, d'où les marques sur le cou de son aîné. Furieuse, Jessica, comme dans un réflexe, assena une puissante gifle au mannequin, qui, ne s'y attendant pas, recula de quelques pas sous le coup.
-C'est donc toi qui a fait ça à mon frère ?! De quoi l'as-tu donc menacé pour qu'il ne m'explique rien ? Je te croyais beaucoup moins violent que cela Adelphe, je suis extrêmement déçue ! Le dialogue tu connais ? Mon frère n'aurait rien dit, si ce n'est peut être à moi, tu n'avais pas besoin de sortir tes muscles de ballerine pour le faire taire !
-La preuve que ça a servie, il ne t'a rien dit.
-En même temps, qu'il me le dise ou pas, je l'aurai deviné ou je lui aurai fait craché le morceau un jour ou l'autre. Nous sommes frères et s½urs, et bien plus liés que tu ne le crois, nous partageons tout.
-C'est sûr que partager le lit de son frère et coucher avec c'est un magnifique lien de famille ! cracha Adelphe avec dégoût
-Abruti... Tu n'es qu'un pauvre con fermé d'esprit en fait... Moi qui te pensais plus intelligent que cela...
-Entre Tom qui baise en pensant à son jumeau mort, magnifique image bien glauque, et vous deux qui baisez comme des chiens alors que vous êtes frères et s½urs, je suis servie dans l'ignoble et l'impensable dans cette école !
-Tu es... ignoble Adelphe...
-Peut être, mais je suis réaliste. Et vos parents, ils apprécient ça, que leurs enfants n'auront que des enfants débiles et mal formés à cause d'inceste ? A moins qu'ils ne soient pas au courant bien entendu.
-Ca ne te regarde pas, tais toi ! Et si tu étais un peu plus cultivé pauvre con, tu saurais qu'il faut des générations entières incestueuses pour que ça provoque des dégénérescences du sang.
-Cette saloperie doit être contagieuse. Je ne préfère même plus vous approcher, on ne sait jamais.
-Ah oui ?!! Et bien pourtant ça n'a pas l'air de te rebuter tant que ça vu que tu n'as qu'une envie, c'est de foutre de nouveau Tom dans ton lit !
-On se contente de ce qu'il y a.
-Pourtant tu m'as l'air bien accroché.
Adelphe ne trouva plus de mot pour répondre à cela, vu qu'il savait qu'elle avait un peu raison. Bien qu'au départ, Tom ne soit qu'un plan cul comme un autre, il s'était accroché à ce petit blond triste et sombre depuis quelques temps... Et ça n'allait pas s'arranger avec le départ à New York...
-Si un jour tu trouves ton identité Adelphe, pense bien à toutes les horreurs que tu m'auras dites... Penses-y bien... Sinon je viendrais te les rappeler avec plaisir... murmura-t-elle avec colère avant de le pousser en dehors de l'entrée pour partir en claquant la porte, le laissant songeur, et perplexe face aux paroles de la blonde...
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