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-Thank you.
Adelphe s'empara de sa boisson, servie par une hôtesse blonde qui s'empressa de partir prendre la commande d'un autre client. Soupirant, il tourna la tête vers Tom qui dormait profondément dans son siège. Apparemment les somnifères étaient une bonne idée. Durant tout le vol pour Paris, Tom avait stressé comme un malade, limite au bord de la crise d'angoisse. Le mannequin avait alors eu la riche idée d'acheter des somnifères pour le voyage vers New York afin de calmer le grand blond et de ne pas être encore plus stressé par la peur maladive de l'ancien dreadeux.
Le vol était assez plein, ci ce n'est la classe affaire dans laquelle il se trouvait qui était rarement rempli lors des différents vols qu'Adelphe avait eu l'occasion de prendre sur les avions de ligne. Quelques bruits de conversation empêchait le silence de s'installer, mais rien de gênant.
Adelphe but une petite gorgée de son verre de champagne, blasé. Il n'avait rien pu trouver à Berlin. Rien, strictement rien. C'était sa dernière chance. Il ne saurait jamais qui il pouvait bien être. Plus le temps passait, et plus son nom, Adelphe Newbirth lui pesait. Tout simplement parce qu'il n'était pas réel et parce qu'il ne lui appartenait pas. Il allait devoir continuer à faire le beau devant les photographes et les journalistes encore longtemps, à jouer la comédie, à se faire passer pour ce qu'il n'était pas. Au fond de lui, il en voulait à sa vraie famille de ne pas l'avoir cherché, de ne pas l'avoir trouvé, de l'avoir laissé vivre une vie sans aucun sens, tout simplement de l'avoir lâchement abandonné sans se soucier de savoir s'il allait bien.
A croire que personne ne voulait de lui dans ce bas monde.
Il rit amèrement devant son mélodrame personnel qui tournait au ridicule tellement ça en devenait cliché. Hélas sa vie n'était pas un film dans lequel il trouverait à la fin sa famille et le bonheur, l'amour et toutes ces conneries sans profondeur.
Si seulement il pouvait se souvenir de quoique ce soit qui puisse l'aider dans ses recherches, mais c'était le néant. Aucun souvenir précédant ses douze ans ne lui venait, et la seule chose qui lui restait d'avant son accident était un vieux téléphone portable qui ne fonctionnait plus. Combien de fois il se rappelait l'avoir entendu sonner quand il était encore sous les décombres, et qu'il ne souhaitait qu'une chose, l'attraper dans son manteau pour répondre. Mais il n'aurait pas été capable de dire quoique ce soit, il ne savait plus parler, ne comprenait plus rien. Seul la terreur l'habitait et rien d'autre. Son "père" lui avait expliqué, que lorsque les pompiers l'avait sorti des décombres, le portable avait été en partie détruit, le rendant impossible à réparer. Mais Adelphe ne perdait pas espoir de pouvoir le réparer et réussir à découvrir un pan de son passé... si le portable lui appartenait bien sûr, ce qui n'était pas acquis.
Même si on l'avait retrouvé sur lui, il pouvait très bien l'avoir volé, ou qu'il s'en soit emparé lorsqu'il essayait de fuir le bâtiment.... Rien n'était sûr.
La seule chose dont Adelphe était sûr, c'est qu'il ne voulait plus jamais revivre ça... Il ne souhaitait ce cauchemar à personne, même à ses pires ennemis... Tout l'angoissait depuis l'accident : le noir, le feu, l'avion, la hauteur... tout. Il se stressait pour un rien, et préférait transformer ça en arrogance pure, ce qui ne lui avait pas valu que des amis. Arrogant oui il l'était, égoïste aussi... c'était sans doute ses plus gros défauts... Il ne faisait confiance en personne, et bien peu en lui-même. Son cerveau était tellement brisé par l'amnésie que tous les souvenirs qu'il pouvait acquérir lui semblait toujours faussé. Il n'arrivait pas à faire confiance en sa mémoire.
Il toussa, longuement, encore une fois. La fumée l'étouffait, et de petits feux prenaient pas très loin de lui. Il ne savait pas ce qu'il faisait là. Il ne comprenait pas. Tout n'était que chaos autour de lui. Le noir presque complet l'entourait, brisé parfois par les faibles flammes présentent dans les décombres.
La seule chose qu'il savait, c'est qu'il était coincé, qu'il avait atrocement mal et extrêmement peur. Peur de rester là-dessous toute sa vie. De mourir dans le noir et la terreur. Il voulait appeler à l'aide, mais fut incapable de sortir un seul son. Comment appeler à l'aide ? Comment faisait-on ?
Complètement terrorisé, il tenta de hurler, mais il ne fit que s'étouffer un peu plus. Ses cordes vocales ne répondaient plus, et il s'étouffa purement et simplement avec l'âcre et noire fumée. Il sentait quelque chose couler le long de son visage qui se trouvait être du sang, mais pour lui, impossible d'en savoir plus, aucun mouvement n'était possible.
Il avait soif, il avait faim, il avait peur, il avait mal mais il était en vie. Ca lui importait peu pour l'instant, il ne savait pas quelle chance il avait de l'être car il ne comprenait tout simplement pas ce qu'il faisait dans cet enfer.
Etait-il mort ? Sans avoir vécu ?
Du moins c'est l'impression que ça lui donnait. Il paniquait au fur et à mesure du temps, il était seul dans ces ruines d'acier et de métal en fusion sans pouvoir s'échapper.
Il cessa de gigoter, un instant. Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, mais ça faisait longtemps. Bouger lui donnait envie de hurler tellement c'était douloureux. Ses yeux voyaient complètement flous à cause de la poussière et ils lui faisaient mal à cause de cette foutue fumée, cause première de ses douleurs immédiates, si on omettait la poutre d'acier qui l'emprisonnait contre le "sol" instable, lui écrasant si douloureusement le torse qu'on pourrait se demander comment il pouvait encore être en vie.
Un bruit l'alerta. Une voix. Une voix qui appelait. Il ne savait pas ce qu'elle appelait, il ne comprenait pas ce qu'elle disait, mais il sentit que c'était sa dernière chance de s'en sortir, sa chance de connaître la vie.
Alors il hurla, il hurla à s'en déchirer le peu de cordes vocales qui lui restait. Au début, aucun son ne sortait, puis doucement, sa voix revint, progressivement, et il put crier faiblement, signalant sa présence.
Puis une musique se fit entendre. Une musique horrible, monophonique, sans douceur et qui résonnait extrêmement fort. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait ce son irritant, et cela venait de sa poche droite. Un portable. Un simple portable qui fonctionnait encore. Il sonna de façon criarde, alertant les pompiers se trouvant six mètres au dessus.
On l'avait repéré.
Il allait être sauvé.
Mais pas avant sept bonnes heures où il continua à souffrir, à supporter la sonnerie stridente du portable, et à pleurer de terreur, en essayant de ne pas mourir asphyxié.
Adelphe vida sèchement son verre de champagne et l'avala de travers. Se remémorer ce cauchemar réel était...
Il secoua énergiquement la tête, tentant de chasser toutes les images d'enfer sur terre que lui transmettait son cerveau, souvenirs sombres de la plus longue nuit de sa vie, la première dont il se souvint, la nuit du onze septembre 2001.
Il tenta de se calmer, mais être dans un avion n'arrangeait rien à ses affaires. Il commençait à paniquer, à faire une crise d'angoisse comme il en faisait toujours lorsqu'il se remémorait ces moments là. Se recroquevillant sur lui-même, il chercha son air, respirant difficilement, les larmes aux yeux : il avait mal, il avait mal à chercher son oxygène comme ça, sa tête lui lançait terriblement, et les larmes semblaient ne jamais vouloir cesser de couler.
Il voulut appeler à l'aide, crier, quelque chose, mais son cri mourut sur le bord de ses lèvres tremblantes. Ses cordes vocales ne répondaient pas, comme ce jour là. Il paniqua d'autant plus, l'angoisse s'infiltrant vicieusement dans chaque parcelle de sa peau, accentuant son état de détresse.
Il tentait toujours de respirer, s'agrippant les cheveux, se balançant d'avant en arrière sur son siège en ramenant ses jambes contre son torse, il pleurait sans arrêt, priant, hurlant silencieusement qu'on vienne l'aider.
C'est alors qu'il sentit une main, dans son dos. Une douce et chaude main légèrement tremblante mais rassurante qui commença à effectuer un mouvement circulaire et régulier sur sa colonne vertébrale, atténuant les tremblements de son corps dus à sa crise d'angoisse.
Tom venait de se réveiller, perturbé dans son sommeil par des gestes brusques venant de sa droite... C'est-à-dire, là où se trouvait Adelphe. C'est alors qu'il l'avait trouvé, en pleine crise, personne ne le remarquant, appelant à l'aide de façon muette mais que Tom comprit totalement : Bill faisait les mêmes crises étant petit...
Chassant cette comparaison douloureuse de son esprit, il entreprit de calmer le mannequin par un simple geste. Mais ça ne suffisait pas... Il arrivait de nouveau à respirer à peu près correctement, mais ses larmes ne faisaient qu'abonder d'autant plus, et Tom n'hésita pas longtemps avant de le prendre dans ses bras pour le tranquilliser.
Certes, Adelphe avait le cruel défaut de n'être qu'un pur connard avec le reste du monde, mais connard ou pas, Tom avait senti la détresse du jeune homme et ne douta pas de la sincérité de cette crise, et il refusait de laisser quelqu'un dans cet état...
Adelphe mit plus de dix minutes à retrouver son calme complet, mais il resta plus longtemps dans les bras de Tom, profitant d'un peu de confort et d'attention qu'il n'avait que très rarement dans son quotidien. Le photographe ne contesta pas, se doutant de la faiblesse du brun après ce moment douloureux.
Ils ne se disaient rien, appréciaient le calme ambiant, et ils finirent par s'endormir comme cela, Adelphe contre le torse de Tom, un petit sourire aux lèvres.
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