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Cela faisait bientôt une semaine que Tom n'était pas sorti de sa chambre. Une semaine qu'il refusait d'ouvrir la bouche. Simone s'inquiétait réellement pour son fils. Elle avait cette horrible impression de revenir huit ans en arrière, et sa plus grande peur était de perdre son fils aîné.

Mais surtout, elle était perturbée par la lettre qu'elle avait reçu la veille. Tom n'avait rien voulu lui expliquer.

Et c'est pour cette raison qu'elle décrocha le téléphone et qu'elle composa avec lenteur un numéro newyorkais. Hésitant quelques secondes, elle appuya sur la touche verte du téléphone, priant pour ne pas commettre d'erreurs.

[...]

Adelphe lorgna une minute son verre de whisky avant de le reposer sur la table basse en soupirant et sans en avoir touché une seule goutte.

Non décidément, l'alcool n'était pas une solution. Ca ne l'aidait pas à comprendre, ça ne l'aidait pas à agir, à sortir, à décrocher ce putain de téléphone. Non, ça l'aidait juste à n'être que plus pathétique qu'il ne l'était déjà. Si c'était possible.

Le fixe se mit alors à sonner. Il dévisagea le pauvre objet un long moment. Premier appel depuis une semaine. Devait-il répondre ou devait-il s'effiler ce verre d'alcool cul sec pour oublier provisoirement sa misère et ses problèmes.

La sonnerie se fit d'autant plus stridente, que, pour la survie de ses pauvres oreilles, il décida de décrocher.

Grand bien lui en prit...

-Hi...

-B... Adelphe ?

Le brun frissonna. Simone. Sa mère ?

Il savait à présent qu'elle était au courant au vue de son hésitation du début. Elle allait l'appeler Bill. Il en était plus que certain.

-Madame Kaulitz ?

-Appelle moi... Simone...


Encore une hésitation. Un silence inconfortable s'installa, sans pour autant qu'aucun d'eux ne raccrocha et ce, malgré le malaise qu'ils ressentaient. Simone décida de faire le premier pas (elle doutait qu'Adelphe ne le fasse de toute façon).

-Je... je ne sais pas si... si tu es au courant... mais... j'ai reçu une lettre... de New York... Tom n'a rien voulu expliquer...

Simone semblait se perdre dans les mots et Adelphe frissonna quand elle parla de Tom.

-Oui je suis au courant... souffla-t-il en fixant avec amertume une photo de Tom lui-même en train de le photographier pour un photoshooting

-Je pense... que tu devrais... rentrer à la maison... C'est chez toi après tout...

-Je n'ai pas retrouvé tous mes souvenirs vous savez... Très peu me sont revenus.

-Ne me vouvoie pas après tout, je... je suis ta mère...

-Je sais...


Maintenant il restait à l'accepter.

[...]

Simone raccrocha, un petit sourire aux lèvres. La situation ne semblait pas totalement désespérée, du moins c'est ce qu'elle espérait.

Elle monta doucement les escaliers, pour se poster devant la porte de Tom. Aucun bruit ne se faisait entendre de l'extérieur, mais elle savait qu'il était là.

-Tom.

Aucune réponse comme toujours.

-Tom, ton.... ton frère rentre dans trois jours...

Un bruit sourd se fit entendre.

-Tom ?

-Je ne veux pas d'Adelphe ici ! Sinon c'est moi qui part !


Simone eut un hoquet de surprise devant une telle violence dans les paroles de Tom.

-Tom, il s'appelle Bill et c'est ton frère.

-Je n'ai plus de frère! Bill est mort! Il est mort et ne reviendra pas!


Si Tom avait été devant elle, elle n'aurait eu aucun remord à le gifler pour ce qu'il osait dire.

-Tom, j'ai passé huit ans à essayer de vivre avec la mort de Bill sur la conscience tout en supportant tes incessants espoirs qu'il soit en vie quelque part. Maintenant que tu l'as retrouvé, tu voudrais me le retirer à nouveau en égoïste ? Mon dieu, mais vois deux secondes tout le mal que tu nous fait, à ton frère et à moi.

Le silence remplaça sa voix et Tom ne trouvait rien à répondre. Juste à écouter les sanglots retenus de sa mère.

Simone abandonna, et descendit à l'étage inférieur pour attendre le retour de Gordon.




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# Posté le lundi 13 octobre 2008 19:55

Modifié le lundi 13 octobre 2008 20:10

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Tom jeta son portable contre le mur avec rage en voyant “Adelphe” s'afficher sur son écran. Il refusait de lui parler, il refusait de le voir, il refusait d'accepter, il refusait tout autre version des choses. Il refusait même qu'il ait existé un jour.

On pourrait lui en vouloir, ne pas le comprendre, lui cracher des insultes au visage, pleurer à ses pieds que ça ne changerait pas sa vision des choses.

Non il ne pouvait pas, c'était au dessus de ses forces.

Non pas Adelphe, ce n'était pas possible, Adelphe était Adelphe, Bill était Bill. Bill était donc mort. Et Adelphe, un vieux souvenir.
Il ne pouvait pas tout mélanger, il ne le voulait pas.

Tout comme il ne voulait pas pleurer de rage et de tristesse en repensant à ces êtres qui lui étaient chers il y a moins d'un mois.

Ou plutôt, cet être cher.

Adelphe, Bill. Bill, Adelphe. Tout s'embrouillait dans sa tête, lui filant des nausées et des vertiges. Il cherchait où pouvait être le point commun entre tout cela, mais le rejetait indéniablement dès qu'il se présentait à lui.

Mais ça, c'était une autre histoire.

[...]

Jessica but une gorgée de son café, observant à travers la porte d'un air absent, Simone qui s'agitait dans la cuisine, tentant de s'occuper l'esprit d'une façon utile et efficace. Tout le monde savait. Ce qu'elle avait deviné il y a quelques mois était enfin révélé aux yeux de cette famille déchirée. D'un côté, elle se sentait satisfaite de ne pas s'être trompée, et presque elle aurait voulu ricaner et sortir un « je vous avais prévenu » victorieux et prétentieux. Cependant, l'état dans lequel elle avait trouvé Simone en sonnant à la porte de cette petite maison campagnarde et le mutisme où Tom s'enfermait lui faisaient ravaler toute fière afin de trouver une solution à tout cela.
Le seul et unique problème était Adelphe et elle se plaisait à le penser. Malgré tout, elle savait combien il était important pour la famille Kaulitz-Trümper de retrouver ce membre perdu il y a des années. Tom plus que les autres.
Or, sa réaction actuelle dépassait le seuil de compréhension de Jessica.

-Jessica, tu veux autre chose ?

La concernée sursauta, sortant de ses pensées qu'on devinait profondes pour planter son regard perçant dans celui triste de la mère du photographe qu'elle considérait comme l'un de ses amis les plus chers.

-Non merci Simone...

-Je suis désolée pour Tom, vraiment. J'aurai espéré qu'il accepte de sortir de sa chambre. Parler avec toi l'aurait sans doute... fait réfléchir, je ne sais pas.


Jessica ne savait pas si parler avec Tom l'aiderait à revenir sur ses décisions actuelles, mais au moins cela aurait sans doute pu éclairer les réflexions confuses de la pauvre jeune femme qui ne savait que penser de la situation actuelle.

Etait-ce mieux ou pire qu'avant ?

-Je ne veux pas vous déranger plus que ça... Je vais prendre le bus avant qu'il n'y en ait plus, et rentrer tranquillement chez ma tante à Magdeburg. Je repasserai sans doute dans la semaine pour avoir des nouvelles de Tom.

Avoir des nouvelles, certes, mais surtout s'assurer qu'il ne retombe pas dans la même addiction qu'il y a quelques années. Non surtout pas, c'était la dernière chose que souhaitait Jessica.

Mais c'était une autre histoire.

Simone la raccompagna gentiment et poliment à la porte d'entrée, après avoir tenté de la convaincre de rester pour dîner. Mais s'acharner était inutile, et ça Jess le savait depuis des années à traîner dans l'entourage de Tom Kaulitz.

Malgré tout, alors qu'elle s'apprêtait à franchir la porte de sortie, elle se tourna une dernière fois vers Simone, une autre pensée lui venant à l'esprit.

-Au fait, quand est-ce que Adelphe revient ? J'ai de petits comptes à régler avec lui je pense.

La mère de famille ne se formalisa pas du regard flamboyant qu'avait Jessica à l'instant présent, comme animé d'un souhait de vengeance.
Ce n'était pas totalement faux.

-Il arrive dans deux jours. J'irais le chercher à l'aéroport. A Berlin Tegel...

Un petit sourire froid se dessina sur le visage pourtant angélique de la belle blonde, laissant entrapercevoir ses pensées plus ou moins innocentes.

-Parfait. Merci. Je serais là.

C'était une promesse, dans la continuité de celle qu'elle avait faite à Adelphe il n'y a pas si longtemps.

La promesse d'être là pour lui rappeler ses erreurs.




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# Posté le lundi 20 octobre 2008 08:44

Modifié le lundi 20 octobre 2008 09:41

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Adelphe fixa son billet d'avion, doutant de ses actes. Etait-ce réellement une bonne idée ? Aller en Allemagne signifiait revoir Tom, affronter un passé qu'il ne connaissait pas, et tellement d'autres problèmes, mais aussi beaucoup de réponses...

Il ne savait pas, il ne savait plus ce qui était bon, ce qui ne l'était pas. Quelle attitude adoptée ?

Mon dieu qu'il était perdu...

Il ébouriffa ses cheveux en soupirant, et passa lenteur ses paumes de main sur son visage, comme pour se ressaisir, tenter de se dynamiser.

En fait, il avait peur. Peur de Tom. Peur de sa mère. Peur de lui.
Il n'arrivait pas à assimiler que sa vraie identité fut Bill Kaulitz, pourtant, il était sûr que s'il s'était s'agit d'un autre nom, un nom anonyme, qui ne lui évoquait rien de précis, il l'aurait accepté sans soucis.

Mais bordel, il était Bill Kaulitz. Fils de Simone Trümper, frère de...

Frère de Tom Kaulitz.

Il écarquilla les yeux, sentant des nausées le prendre d'un coup, l'obligeant à se précipiter dans ses toilettes et à régurgiter son dernier repas. Tom. Tom était son frère. Tom était fait de la même chair et du même sang que lui. Bordel, Tom était né en même temps que lui après 9 mois de vie plus que commune. Tom était son double, son jumeau.

-Mon dieu, j'ai couché avec mon frère...

Cette réalité sembla lui venir en pleine figure avec force et violence. Rien que d'énoncer à voix haute ce fait, il se sentit retomber vers la cuvette des toilettes, et vomir à nouveau, le goût de la bile lui brûlant la gorge cette fois-ci.

Il était un putain d'incestueux.

Il avait... sucé, pénétré, caressé, soulagé, désiré son frère.

-Mon dieu mon dieu mon dieu...

Il sentait les vertiges le prendre, l'empêchant de se relever, et le clouant au sol. Il tremblait brutalement, sentant de lourds frissons remonter sa colonne vertébrale. Des frissons de dégoût. Il se dégoûtait lui-même.

Son éducation avait été stricte, et particulièrement archaïque. L'inceste était la pire des choses. Du moins, c'était ce que son père, froid et manipulateur lui avait enseigné.

Tous ses moments de tendresse avec Tom défilaient devant ses yeux fermés avec force, lui donnant envie de se frapper la tête contre les murs, mais il ne pouvait pas. Il était trop faible, il n'arrivait même pas à se lever et tenir sur ses deux frêles gambettes.

Il n'arrivait même pas à détester Tom ou à le trouver horrible. Il n'y avait que lui qui le dégoûtait. Juste l'idée, le concept d'avoir eu des relations sexuelles avec son frère, juste cette phrase qui le révulsait.

Mais bordel, il aimait Tom.

Et il se trouvait sale d'aimer aussi monstrueusement.

[...]

Tom entendit sa mère frapper doucement à sa porte, un peu hésitante, de peur de le réveiller, de le déranger ou autre. Il ne répondit pas, comme toujours, mais il cessa de fixer la fenêtre d'un regard morne, pour poser ses yeux ternes sur le bois de la porte de sa chambre.

-Tom... je... je vais à l'aéroport...
Elle eut un temps d'arrêt, comme luttant intérieurement afin de choisir au mieux ses mots, Je sais que tu ne voudras pas... mais j'espérais que tu m'accompagnerais... Je vais chercher ton... enfin, je vais chercher Adelphe...

Le blond serra les poings, se retenant d'hurler à sa mère toutes les atrocités du monde qu'il pensait à propos d'Adelphe. De Bill. Non Adelphe. Il ne savait plus.

Simone laissa durer quelques temps le silence, espérant toujours, désespérément une réponse. Tom laissa durer le silence, retenant toute sa rage, par respect pour sa mère. Par respect pour la seule femme qu'il ait jamais aimé.

Sa mère soupira, et redescendit les marches des escaliers, emportant son manteau, ne perdant pas espoir de retrouver une famille unie.

Tom entendit la porte d'entrée se fermer, et il relâcha toute la tension qu'il ne se rappelait pas avoir accumulé.

Personne ne pouvait comprendre. Même pas lui.

[...]

Adelphe avait observé distraitement la Park Avenue, sentant un élan de nostalgie venir. Il avait détourné les yeux devant le Ground Zero, source de tous ses malheurs, et s'apprêtait à prendre l'autoroute 495. Il était au volant de sa splendide Cadillac Cien, dont il serait séparé dans peu de temps, pour quelques jours.

En y pensant, il allait devoir changer sa plaque d'immatriculation, s'il s'installait en Allemagne. L'assurance coûterait-elle plus ou moins chère ? Et puis allait-il devoir se faire enregistrer à la mairie ? Sous quel nom ? Adelphe Donaldson ? Bill Kaulitz ?

Tant de questions lui venaient à l'esprit, des questions bêtes parfois, souvent inutiles, mais qui l'angoissaient, lui faisaient tourner la tête.

Il préférait penser à toutes ces questions, qu'à ses retrouvailles avec Tom. Et Simone. Ses retrouvailles avec sa vie passée dont il n'avait que tellement peu de souvenir.

Quelques fois, il avait des flashs. Parfois il rêvait. Qu'est ce qui appartenait au passé ? Qu'est ce qui n'était que le fruit de son imagination ? Il ne savait pas. Quand il commençait à se sentir mal, il savait que quelques souvenirs plus consistants revenaient douloureusement.

Mais rien ne s'enchainait, aucun de ses souvenirs ne se raccordaient logiquement.

Parfois il se souvenait de brides de conversation, parfois des visages lui venaient à l'esprit, même des sentiments, des impressions, mais rien de concret, d'entier. Le seul souvenir entier ou presque qui était revenu, c'était il y a quelques jours, quand il était passé, à pied, devant le Ground Zero. Il se souvenait du moment où ces grandes tours de verre, à présent fantomatiques, s'étaient effondrées... sur lui.

Quelqu'un klaxonna bruyamment, le sortant de ses pensées, et il se rabattit sur la droite, laissant le plaisir à celui qui voulait le dépasser de le faire, et aperçu sa sortie en direction du Terminal 1 de l'aéroport John F Kennedy.

Maintenant, il fallait survivre au vol.

Et après, survivre à sa vie. Passée, présente, et future..




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# Posté le mardi 21 octobre 2008 18:03

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Adelphe serra les accoudoirs de son siège avec nervosité. Dieu qu'il détestait prendre l'avion. Les turbulences continuèrent encore un court moment, avant que l'avion ne redevienne stable. Il sentit une vague de soulagement autour de lui, comme si tous les passagers avaient eux aussi retenus leur souffle, en priant un dieu propre à chacun que l'avion ne se crashe pas.
Les hôtesses de l'air détachèrent alors leur ceinture, et reprirent leur travail, à servir les passagers de la First qui étaient, à cette heure de la journée, assez présents dans ce vol Paris-Berlin.

Il sirota avec lenteur son Sprite, mordillant la paille qu'il avait placé dans la bouteille. L'avion le rendait nerveux et désagréable, et ce n'était pas les hôtesses qui allaient contredire ce fait. Il tenta de se détendre, il ne restait qu'une petite demi-heure avant de poser le pied sur le territoire allemand.

Juste une toute petite foutue demi-heure avant de revoir sa mère.

Il en avait rêvé de ce moment, des années durant. A partir du moment où il savait ne pas être vraiment Adelphe Donaldson, il avait désiré tout au long de ses années de recherches, de serrer ses parents dans ses bras, pleurant face au bonheur qui l'accueillait à la sortie du terminal d'un aéroport. Cependant, la situation présente, était loin de tout ce qu'il avait imaginé pour ses retrouvailles.

Très loin.

Non seulement il s'était foutu dans une merde impossible avec son frère qu'il aimait et désirait comme un amant, chose ô combien difficile à accepter et qui le dégoûtait toujours autant, mais en plus, il était complètement apeuré à l'idée de parler à Simone bien qu'elle fut douce et attentionnée, car il avait peur de la décevoir, qu'elle lui en veuille de ne pas être comme le fils chéri qu'elle a perdu il y a huit ans, d'avoir changé, de ne plus se souvenir du passé qu'elle regrettait sûrement.

Tellement de craintes qui le rendait d'autant plus nerveux, que le fait d'être dans ce foutu avion.

Il regarda distraitement sa montre Cartier : plus que dix minutes.

Qu'on l'achève maintenant.

[...]

Simone regarda nerveusement le tableau des arrivées, tapant inconsciemment du pied au sol. Le vol de Paris avait du retard. Léger, mais assez pour accroitre son stress.
Elle regarda nerveusement le tableau qui indiquait les horaires d'arrivés. Elle appréhendait le « retour » d'Adelphe. Non... Bill.

Elle ne savait pas comment elle devrait agir, se comporter avec lui. Elle n'avait pas su reconnaître son propre fils alors qu'il avait été quelques minutes durant juste en face d'elle, à lui parler.

Simone se sentit honteuse à cette idée.

Sa propre chair, son propre sang.... Elle n'avait même pas ressenti cette petite émotion, cette envie de le materner... Juste un peu de tendresse parce qu'il était l'ami de son fils.

Juste de la tendresse.

Elle sentit qu'une boule se formait dans sa gorge, l'étouffant presque. La honte s'infiltrait dans chacune de ses cellules et circulait dans tous ses vaisseaux sanguins.

Le tableau des arrivés se modifia légèrement, attirant son regard, lui faisant relever la tête qu'elle avait baissé précédemment.

Le vol de Paris avait atterri.

Bill était là, tout près.

Son c½ur s'emballa bêtement, ses pensées se bousculèrent et d'instinct, elle se rapprocha des vitres la séparant de la salle de débarquement, afin de l'apercevoir.

Stupide.

Elle se sentait bête d'épier son arrivée, comme une fan attend la star qui vient d'atterrir, alors qu'il ne s'agissait que de son fils.

Son fils.


Son c½ur manqua de lâcher en le voyant. Comment n'avait-elle pu pas pu se rendre compte que c'était Bill ? Son Bill ? Tout cela lui paraissait évident, maintenant qu'elle le voyait, appuyé nonchalamment contre le mur à attendre ses valises, ses cheveux bruns attachés sur le côté afin qu'ils ne lui tombent pas devant les yeux. Son regard chocolat semblait perdu dans le vide, pensif, absent. Elle ne savait pas.

Son fils était un étranger.

[...]

Adelphe s'empara de son chariot après avoir essuyé ses mains rendues moites par l'anxiété. Quand il traversa le seuil de la porte qui menait au hall de l'aéroport, il n'osa qu'à peine lever les yeux, se demandant si réellement quelqu'un l'attendait.

-B... Adelphe ?

Il eut un frisson. Si léger que son interlocuteur ne l'avait sûrement pas vu.
Le brun releva légèrement la tête, la nuque un peu raide sous l'appréhension, et son regard dévia sur la silhouette longue de... sa mère.

-Je... Peut-être préfères-tu parler en anglais ?

-Non, en allemand, c'est... c'est très bien...
répondit Adelphe d'une voix tremblante et hésitante

Maman ? Devait-il l'appeler Maman ?

Un silence gêné s'installa entre eux deux. Le regard d'Adelphe était fuyant, celui de Simone était fixe et mouillé.
Adelphe n'aimait pas ce silence, il ne l'aimait comme il n'aimait pas la gêne qu'il ressentait. C'était sa mère merde. Il devrait se sentir plus à l'aise avec elle.

-Ad... Je... Je peux t'appeler Bill ?

Adelphe releva brusquement la tête, plongeant son regard chocolat dans celui de sa mère, identique. Bill. Il ne s'était pas vraiment posé la question. Non, il avait évité cette question.
Arriverait-il à se retourner quand on crierait Bill à son attention ? Se sentirait-il concerné quand Bill sera le sujet d'une conversation ?
Pourra-t-il être Bill ?

-Je ne veux pas te gêner tu sais, si tu ne veux pas...

-D'accord.


Il baissa les yeux, ne souhaitant pas croiser le regard choqué mais ému de sa mère. C'est la raison pour laquelle il ne la vit pas tout de suite s'approcher de lui. Il la sentit l'entourer de ses bras avant de voir les boucles de ses cheveux devant son nez. Elle ne le serra pas fort, lui laissant la possibilité de s'enfuir quand il voulait.

Mais non.

C'était si chaud cette étreinte. Si doux. Si relaxant.

Si maternelle.

-Bon retour à la maison Bill...

Bill hocha la tête, la gorge noué, incapable de dire quoique ce soit. Il s'était détendu dans les bras de sa mère, mais son c½ur ne cessait pas de battre violemment contre sa poitrine pour autant, sans se décrocha fort heureusement.

-Désolé de couper à ces touchantes retrouvailles Simone, mais j'ai quelques mots à dire à Adelphe. Pardon, à Bill.

Rectification : là, son c½ur se décrocha en croisant le regard noir de Jessica.




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# Posté le vendredi 19 décembre 2008 17:50

Modifié le dimanche 21 décembre 2008 16:23

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Ses yeux étaient si froids et brûlants à la fois qu'Adelphe se dit immédiatement qu'il s'agissait sûrement du passage de l'histoire qu'il aurait préféré passer. Il percevait un tressautement au niveau de son front, comme si le sang lui battait aux tempes tellement elle retenait sa rage et sa violence. Ses gestes étaient raides, secs, presque cassants, et ses mains tremblaient par période.
Tout en Jessica transpirait la colère, comme si, rien que le fait de le revoir transformait sa froide vengeance prévue à la base, en exécution passionné basée sur le compte d'une justice personnelle.

Du moins, si ce n'était pas cela, il devait s'en rapprocher très fortement.

Nous étions dehors, dans un coin moins fréquenté du parking extérieur de l'aéroport. Elle tentait d'accrocher son regard, mais il fuyait ses yeux perçants. Il n'avait pas la force de se battre, il capitulait avant le début des hostilités.

Oui il n'était qu'un connard, qu'une raclure, qu'un lâche, qu'un...

-Qu'est-ce que tu fous là ?


Surpris, il perdit de vue sa volonté de ne pas regarder Jessica, et la dévisagea, totalement perdu. Non ce n'était pas ça qu'elle aurait du dire. Pas avec ce ton là, pas avec ces mots là.

-Kaulitz, réponds moi.


Oh mon Dieu.

Un frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale, lui donnant des sueurs froides alors que le « Kaulitz » résonnait bruyamment dans sa tête. Il était un Kaulitz. Il était Bill Kaulitz. Frère jumeau de Tom Kaulitz. Qu'il, cela dit en passant, avait eu comme amant pendant quelques semaines.

Oh putain, quelle situation de merde...

« C'est sûr que partager le lit de son frère et coucher avec c'est un magnifique lien de famille ! »

Il avala de travers. Il venait d'y repenser. Là, à l'instant. Seulement maintenant. Les mots qu'il avait craché avec dégoût, haine, mépris au visage de Jessica. Avec tellement d'horreur que le ton qu'il avait pris à l'époque lui colla de nouveaux frissons rien qu'en y repensant.

-Le cul de ton frère te manquait tant que cela ?

« Si un jour tu trouves ton identité Adelphe, pense bien à toutes les horreurs que tu m'auras dites... Penses-y bien... Sinon je viendrais te les rappeler avec plaisir... »

Elle savait. Déjà à l'époque elle savait qu'Adelphe était le frère de Tom. Elle savait qu'Adelphe et Bill ne faisaient qu'une seule putain de même personne.
Toutes les vulgarités du monde lui venaient en tête, pour cracher son venin sur sa vie, sur les évènements qui s'enchaînaient tellement mal.

Tout était si compliqué.

-Ne baisse pas les yeux Kaulitz. Je ne suis pas là pour faire un monologue, alors parle.

Il détourna le regard vers le sol, se désintéressant de l'araignée qui faisait sa toile près de l'entrée des toilettes. Oui le sol était intéressant. D'un blanc-gris plutôt banal, et dans une matière qu'il serait incapable de décrire. Sans doute du linot, ou tout simplement du carrelage.
Pas beaucoup de mouvements animaux d'ailleurs au sol, peu d'action. Surtout celui d'un aéroport.

Ah si, deux chaussures couleur taupe qui apparaissent dans le champ de vision. Une nouvelle aventure qui pouvait êt...

-REGARDE MOI QUAND JE TE PARLE TU ME DOIS AU MOINS CA !

Adelphe avait reculé de plusieurs pas en arrière, la main sur sa joue douloureuse que Jessica venait de frapper, le regard toujours aussi désespérément accroché au sol. En fait il avait peur. Peur de prendre la responsabilité de ses actes et paroles. Jamais il n'avait du affronter les conséquences de ce qu'il faisait. On prenait toujours le soin de lui éviter ce genre de préoccupations avant. Quand sa vie était simple, triste, morne et qu'il ne savait toujours pas qui il était.

Quelle était la meilleure des situations ?


Sûrement aucune des deux.

[...]

Jessica regarda Adelphe d'un air méprisant. Elle le détestait autant qu'elle avait pitié de lui. Elle le détestait pour avoir trahi sa confiance, pour s'être montré si horrible dans ses mots alors qu'elle lui avait apporté son amitié et son soutien, elle lui en voulait de l'avoir descendu plus bas que terre, comme son propre père était bien capable de le faire. Mais elle avait pitié de sa détresse, de son mal être présent, de ses questions, de son air perdu et de la façon dont les évènements avaient tendance à un peu trop vite s'enchaîner ces derniers temps.

Mais elle avait besoin d'excuse, de mots assez honnêtes où il lui montrerait qu'il s'en voulait. Elle avait promis qu'elle serait là quand il aurait découvert son identité. Bien entendu, à l'époque elle avait toujours le risque de s'être trompée, mais maintenant, elle n'allait laisser passer l'occasion de lui montrer qu'il était dur qu'on tâche avec des mots aussi durs un amour que l'on avait pas choisi.

-Tu te rends comptes ? Tu ressens enfin la résonnance des mots que tu m'as lancée à la figure ? Non pardon, que tu m'as crachée à la gueule serait plus correct.

Doucement, elle s'approcha de lui, et lui releva brutalement le menton, le forçant à croiser son regard. Elle vit dans le sien du regret, de la peur, de la tristesse. Bref, rien de très positif là dedans. Ce n'était pas ça qu'elle cherchait. Elle voulait des mots. De nouveaux mots pour corriger les anciens.

-Tu veux que je te les cite ? Après tout, maintenant, ils te collent parfaitement à la peau n'est ce pas ? Te sens-tu sale ? Te trouves-tu dégueulasse ? Pourtant dans l'action, ça te semblait bien, non ? Tu...

-Arrête. S'il te plait, arrête.


Elle se tut, observant les yeux mouillés d'Adelphe qui ressemblait plus à présent à un enfant perdu qu'à un mannequin mondialement célèbre. Oui elle lui faisait du mal en disant cela, mais il lui avait fait du mal de la même façon. Il fallait qu'il comprenne... S'il comprenait, peut être arriverait-il à rendre le sourire à Tom....

[...]

-Je suis désolé Jessica... Je... J'ai toujours été élevé dans un certain cadre de vie et d'éthiques très strictes. Pour moi l'inceste n'a rien de moralement bon. Je... Je trouve ça malsain... Que ce soit toi et Chris, ou Tom et moi...

Il grimaça en entendant les mots qui s'écoulaient de sa bouche, sans qu'il cherchât à les retenir. C'était ses pensées, il n'avait pas changé d'avis sur l'inceste, loin de là, il se détestait même d'avoir pu toucher son propre frère. Cependant...

-Mais, malgré tout... je... je te comprends mieux je suppose... J'ai compris qu'on ne choisit pas forcément de qui on tombe amoureux... Alors je... pardonnez moi, Chris et toi. Je n'ai pas à vous juger, je le sais... Je... pardon... vraiment...

Il se tut.

Jessica avait baissé la tête, contemplant à son tour le sol sale de l'aéroport. Elle semblait réfléchir, ce qui inquiétait Adelphe. Il s'était excusé, et le pensait vraiment, n'était-ce pas tout ce qu'il avait à faire ? Cela ne suffisait pas à calmer la blessure qu'il avait lui-même aux sentiments de Jessica ?

-Jessica je...

-Bill tais toi.


Elle leva les yeux sur lui, un léger sourire sur les lèvres. Elle semblait contente. Contente de ce qu'il lui avait avoué. Le "Bill" l'avait fait sursauté, mais il commençait à se faire à cette idée.

-Je... Tu sais Bill, je pense que... c'est une bonne chose que tu sois rentré. Ton frère a besoin de toi je pense. Et je suis sérieuse quand je dis ça.

Adelphe la regarda, plein d'espoir. Tom avait besoin de lui ? Malgré la façon dont il l'avait rejeté ? Malgré son absence le jour de son arrivée ? Malgré le manque de nouvelles ? Tom avait réellement besoin de lui ?

-Tu dois lui faire retrouver le sourire... comme Adelphe Newbirth avait été capable de le faire. Mais cette fois, tu es Bill.

Il hocha la tête. Ce ne serait pas chose facile. Non. Mais il ferait tout, pour au moins retrouver son frère. Son amant, c'était une autre chose, tout d'abord, il fallait qu'il accepte lui-même l'idée d'avoir des relations plus que fraternelles avec Tom en le voyant comme son frère. Bref, trop compliqué et prise de tête pour lui à présent.

-Bill !

Jessica et Adelphe tournèrent la tête d'un même mouvement vers Simone qui faisait signe de loin, montrant sa montre, les pressant de revenir afin qu'ils puissent décoller de l'aéroport. Apparemment, elle n'aimait pas laisser Tom trop longtemps seul dans la maison, enfermé dans sa chambre, sans surveillance de sa part.

Ils se dirigèrent tous les deux vers l'heureuse mère de famille, qui essuya une petite larme d'émotion en voyant son fils lui sourire en s'approchant, l'air heureux de la retrouver.

-Jessica, on te ramène ?

-Non merci Madame, j'habite pas très loin, les transports seront suffisants. Je passerais voir les jumeaux pendant les vacances.


Simone eut un sourire rayonnant quand elle entendit l'expression "les jumeaux". Oui elle avait retrouvé ses deux trésors. Enfin ils allaient revivre tous ensemble sous le même toit, sans inquiétude, ou presque.

Mais elle perdit vite son sourire lorsque les paroles de Tom résonnèrent dans sa tête.

Elle ne voulait pas perdre Tom, maintenant qu'elle avait retrouvé Bill. Elle ne voulait pas le reperdre à nouveau.

Pas encore.




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C h a p i t r e  C i n q  ___________________________________ K a p i t e l  F ü n f

# Posté le mercredi 07 janvier 2009 04:22

Modifié le mercredi 07 janvier 2009 15:21