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Tom descendit lentement les marches une par une, les paupières encore collées par le sommeil, les cheveux en bataille, la bouche pâteuse et uniquement vêtu d'un jogging large vieux et sans forme qui lui faisait office de pyjama lors des périodes les plus froides de l'année. Il ouvrit avec lenteur la porte de la cuisine, et se dirigea par automatisme vers la machine à café. Alors que son café crème était en pleine préparation, il se tourna vers la table pour s'y installer, et retint un cri de frayeur en voyant une jeune femme blonde déjà attablée et qui semblait l'observer depuis un moment déjà.
N'étant pas apprenti photographe (de mode) pour rien, il ne fut pas long pour lui de mettre un nom au visage pâle qui lui faisait face : Lily Donaldson, l'un des modèles les plus en vogue dans le monde entier depuis quelques années. Il grogna silencieusement en détournant le regard : la famille Donaldson était décidément pire qu'une assemblée de fantômes venus pour le hanter. Quand aurait-il la « joie » de rencontrer les derniers membres restant de la famille ? Il espérait que ce moment ne viendrait jamais.
-Tu devrais faire quelque chose à tes cheveux tu sais. C'est dommage de garder un coupe si banale avec un si joli visage.
Elle n'avait pas levé les yeux vers lui. Juste quelques paroles balancées entre deux gorgées de café.
Il la foudroya du regard, appréciant peu la présence de cette femme dont la raison de la visite lui était d'une évidence claire et limpide.
Il la détestait déjà.
-Ne me regarde pas comme ça, continua-t-elle, les yeux toujours plongés dans sa tasse, Si je dis ça, c'est pour toi. Adelphe aime bien les cornrows sur les mecs, et il a toujours eu un penchant pour les bruns. Les filles, c'est un peu différent : je dirais plutôt grande blonde aux ondulations interminables.
Tom serra les poings, ne sachant pas si elle le provoquait en lui montrant qu'elle connaissait mieux son frère que lui ou si elle cherchait vraiment la sympathie.
-Il s'appelle Bill.
-Peu importe, c'est le cul d'Adelphe qui t'intéresse, pas celui de ton frère.
Le blond faillit s'étrangler avec son propre café. Avait-il bien entendu ?
-Ne me prends pas pour une conne, ricana Lily, Crois-tu qu'Adelphe –ou Bill si tu préfères- ne m'a pas raconté vos petites histoires de baise ? Sympa entre frères.
Tom sentit son estomac se nouer : il avait l'impression d'entendre Adelphe il y a quelques temps. Peut être avec plus d'ironie que d'acidité. On ne pouvait que difficilement nier leur éducation commune.
Il prit doucement une inspiration, se calmant avant d'adresser la parole à cette blonde qui pensait tout savoir.
-Ca ne regarde que nous. Bill et Adelphe ne sont qu'une seule et même putain de personne. Tu es en retard sur les news Miss Fashion.
La « miss Fashion » ricana en se levant, et pointa vers Tom un doigt menaçant.
-Je le ramènerai à la maison, et ce n'est pas le morveux que tu es qui m'en empêchera.
-Cours toujours.
-Tu ne sais pas à qui tu t'attaques.
-Si, ne t'inquiète pas. J'en suis très conscient.
La blonde laissa sa tasse dans l'évier et s'apprêta à sortir de la pièce mais s'arrêta quelques secondes à la porte.
-Kaulitz, je ne te laisserais pas gagner.
-J'y comptais bien.
Ils eurent un sourire glacial l'un envers l'autre. L'air était tendu, presque électrique, et les deux concurrents ne se lâchaient pas du regard.
Ce fut seulement lorsqu'une porte claque à l'étage, qu'ils cessèrent leur duel de regard, et que Lily tourna le dos à Tom.
-Au fait, penses-y pour les Cornrows. C'était un conseil de courtoisie ! s'exclama-t-elle en partant sous le regard noir de Tom.
La guerre était déclarée.
[...]
Il claqua la porte de la salle de bain et prit appui contre le lavabo. Levant les yeux sur son reflet, il eut presque un mouvement de recul : son visage extrêmement pâle faisait ressortir ses yeux cernés et son regard terne. Ses jours et ses lèvres avaient pratiquement perdues toute couleur, lui donnant un air pire que maladif. Il n'avait jamais paru aussi fragile et faible qu'à l'instant, du moins aussi loin que ses souvenirs le menaient. Il avait envie de briser ce miroir de son poing, mais une nausée le calma instantanément, l'obligeant à baisser la tête. Respirant profondément, il entendit la porte s'ouvrir, mais ne releva pas.
-Adelphe ?
Il grimaça en reconnaissant la voix de Lily, et frissonna de dégoût en sentant les bras froids et maigres de celle-ci se serrer autour de ses épaules.
-Dégage, grinça-t-il d'une voix rauque et enraillée
-Petit frère, tu sais que tu peux compter sur moi, hein, tu le sais ? murmura-t-elle tendrement
-Dégage je t'ai dit, je ne suis pas ton frère.
Il sentit la respiration de Lily se bloquer dans sa nuque. Visiblement, elle ne s'attendait pas à tant d'animosité de si bon matin...
-Adelphe, voyons...
Il se dégagea le plus violemment qu'il put de son étreinte et sortit de la pièce en ajoutant simplement d'un ton acide :
-Et je m'appelle Bill.
La porte claqua de nouveau et la blonde inspira profondément : visiblement ramener Adelphe s'avérerait bien compliqué.
[...]
Les coups à la porte se firent plus en plus impatients.
Tom grogna, se décidant à aller ouvrir vu que personne ne semblait se proposer à le faire. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant Andreas, dont les cheveux avaient pris une teinte bien différente que dans ses souvenirs, qui trépignait sur le pas de la porte.
-Ah putain, enfin !
-Andi ? Que... Qu'est ce que tu fais là ?
-Eh bien, comme tu le vois j'ai fait le trajet jusqu'à ta petite campagne perdue pour prendre de tes nouvelles vu que tu ne sembles pas vouloir en donner ! s'exclama son meilleur ami en s'invitant dans la maison et sans reprendre son souffle.
Il se dirigea par automatisme vers le salon, et se laissa choir dans un canapé avec lourdeur malgré son poids des plus légers.
-Donc, comment vas-tu ? demanda-t-il avec un léger sourire ironique
Le blond ne répondit pas tout de suite, gêné d'avoir mis son ami de côté. Au moment où il allait tenter une réponse, une tornade brune apparut dans la pièce, uniquement vêtu d'un simple t-shirt uni et d'une serviette de douche autour de la taille.
-Qui a sonné ?! s'exclama-t-il avec empressement, avant que son regard ne tombe sur Andreas. Un lourd silence plana dans le salon, où Andreas dévisageait avec stupéfaction et une certaine forme de colère le brun, et où ce dernier semblait se maudire d'être soudainement apparu dans le scénario.
Et Tom s'était figé, prit entre deux feux, ne sachant pas comment réagir. Il savait pertinemment qu'Andreas n'aimait pas le mannequin pour des raisons qu'il comprenait et d'autres qui restaient inconnus à ses pensées.
Le lourd regard d'Andreas se posa sur le pauvre blond qui préféra regarder fixement la télévision éteinte plutôt que d'affronter son meilleur ami.
-Tom ? J'aurai raté un épisode ?
-Ähm... peut être devrais-je vous laisser... déclara doucement le brun en tentant de s'éclipser discrètement vers la porte qui menait aux escaliers.
Cependant Tom se leva avec lenteur et fit un signe négatif de la tête et le rattrapa avec douceur par le bras, et lui indiqua un fauteuil libre.
-Non Bill, reste. Je pense qu'Andreas a besoin d'explication...
Andreas faillit s'étrangler avec sa propre salive aux paroles de son ami. Il se releva sèchement de sa place, et regardait le blond d'un regard fou, plein d'incompréhension, et sans doute aussi de la colère.
-Tom ?! C'est une mauvaise blague que tu me fais ?
-Bill, commença Tom, décidant d'ignorer la remarque du jeune homme, je te présente donc Andreas. Tu l'as déjà rencontré à Berlin l'autre fois. C'est mon meilleur ami. Accessoirement c'était le tien aussi, mais je ne pense pas que tu t'en souviennes.
Bill répondit timidement à la négative d'un signe de tête, fuyant le regard noir de celui qui lui faisait face.
-Andreas, voici Bill. Je n'ai pas besoin de te le présenter je suppose.
-Non mais tu débloques complètement Tom ?! Tu t'es remis à l'héro ou je rêve ?! Putain je savais qu'il y avait un truc pas net avec cet enfoiré de mannequin ! Vous êtes de grands malades ma parole, allez vous faire soigner. Tom sérieusement si c'est une blague tu as intérêt à arrêter ça tout de suite parce que ça ne fait pas rire du tout.
Andreas avait un regard de fou furieux et s'était rapproché du blond, pointant sur lui un doigt furibond, accrochant les yeux de Tom qui étaient fixes, sans émotion. Il ne disait rien, se contentant de regarder son meilleur ami s'énerver seul au centre du salon, attendant qu'il se calme, attendant qu'il comprenne la situation.
Mais Andreas ne pouvait et ne voulait pas comprendre.
Soupirant, Tom baissa les yeux, puis les releva, attrapant au passage le regard noisette de Bill qui semblait perdu et quelque peu effrayé par la situation. Il lui fit un très léger sourire, qu'il effaça de son visage en retournant affronter Andreas. Soupirant, il se décida à passer aux explications.
-Quand je suis allé à New York, ce n'était pas plaisir, tu t'en doutes bien.
-Cette foutue ville t'as complètement retourné le cerveau mon pauvre !
-En fait j'y allais pour retrouver Bill, continua Tom, se forçant à ignorer la réplique précédente, J'ai été contacté auparavant par un détective qui pensait avoir retrouvé la trace de Bill. Et il s'est avéré qu'il avait raison. Celui que nous croyions être Adelphe Newbirth n'était en fait que Bill Kaulitz, mon petit frère... ton meilleur ami... toujours en vie...
Andreas s'était arrêté de gesticuler, et le fixait d'un regard vide. Il regarda un instant Bill, et reposa ses yeux sur Tom. Un long blanc s'installa entre les trois jeunes adultes, sans qu'aucun ne pipe mot. Aucun des jumeaux ne voulait briser le cours des pensées du troisième, et ce dernier semblait figer.
Au bout d'un moment qui semblait durer une éternité, il soupira.
Tom allait ajouter quelque chose, mais la main d'Andreas se dressa sous son nez, l'intimant à se taire. Se taisant, il observa son meilleur ami attraper sa veste, l'enfiler et partir en claquant la porte.
Le silence resta. Bill se leva tout doucement à son tour, jugeant préférable de sortir de la pièce aussi, mais un bruit dans son dos le fit s'arrêter, et il sentit les bras de Tom l'encercler avec hésitation. Bill se figea, n'osant pas faire un bruit ou un mot, comme de peur d'effrayer Tom, que celui-ci fuit de nouveau pour une raison qui lui serait encore inconnu. Cependant l'étreinte s'affirma, et d'un mouvement instinctif le brun se retourna brusquement et enserra à son tour son jumeau.
-Moi c'est toi... chuchota doucement Bill
Il sentit Tom sourire dans son cou, et de nouveau resserrer son étreinte. Il pouvait presque le voir retenir ses larmes. Mais comme toujours, Tom ne pleurait pas.
-... et toi c'est moi... termina le blond d'une voix cassée.
Nous sommes un, comme le yin et le yang.
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